OGM, Une Riche Idée 2/7 – Monsanto

De par sa place à part dans l’arrivée sur le marché des OGM, Monsanto est un passage obligé dans l’étude de la riche opportunité que représente les OGM.

Dans cette partie, découvrez un court historique des début de l’entreprise jusqu’à son arrivée sur le marché agricole des semences génétiquement modifiées.

L’entreprise Monsanto

Monsanto est une entreprise américaine dont le siège se situe à Saint-Louis aux États-Unis. Elle est actuellement spécialisée dans les biotechnologies végétales.

Fondée en 1901 par John Francis Queeny, le nom Monsanto rend hommage à son épouse, Olga Mendez Monsanto.
A l’époque l’entreprise produit essentiellement de la saccharine pour Coca-Cola.
C’est en 1945 que débute la production des herbicides et insecticides.
De 1961 à 1971, sous contrat pour l’armée américaine elle produit massivement l’agent Orange, un défoliant1 très puissant utilisé dans la guerre du Vietnam.

La division agriculture de Monsanto naît officiellement en 1960.

En 1970, le docteur John Franz synthétise la molécule glyphosate, l’ingrédient actif de l’herbicide total Roundup®. Il sera commercialisé dès 1974 en Malaisie et Royaume Uni, en 1975 en France puis en 1976 aux États-Unis.
C’est à partir de 1978 que Monsanto va investir dans des programmes de biologie moléculaire pour quatre ans plus tard, réussir à obtenir une plante modifiée génétiquement.

Monsanto investi de la recherche sur les OGM

En 1983 des plantes génétiquement modifiées voient le jour dans les serres de Monsanto.

En 1984 Richard Mahoney devient le nouveau PDG de l’entreprise et décide que la division recherche génétique en a fini avec les recherches stériles sur les pétunias (plantes sur lesquelles étaient réalisées les recherches).
Dès 1985 les chercheurs orientent leurs efforts pour trouver le gène qui immunisera une plante contre le glyphosate. Les recherches stagnent jusqu’à ce qu’un membre de l’équipe pense à aller sur les zones de production du Roundup® voir si des plantes, des mousses, survivent.

Des échantillons sont ramenés et étudiés. Deux ans plus tard un robot, analyseur de structures moléculaires, tombe sur le précieux gène.

700 mille heures et 80 millions de dollars auront au final été nécessaires à la conception de la cassette génétique Roundup Ready®.
En 1993, le soja RR Roundup Ready® est prêt à être lancé sur le marché2.

En parallèle du travail des chercheurs, la division juridique a préparé son plan de bataille pour introduire (imposer) les OGM. Et pour être sûr de ne pas avoir de bâtons dans les roues, elle décide de ne laisser aucune place au hasard.

Un texte secret datant du 13 octobre 1986 et révélé par le New York Times illustre le trafic d’influence auquel Monsanto s’est livré pour préparer son cheval de bataille.
On y découvre qu’un des objectifs prioritaires était « d’organiser l’opposition aux groupes environnementaux », ainsi que de « créer des soutiens pour les biotechnologies au plus haut niveau de Politique U.S. » en engageant des élus et des régulateurs dans le monde entier3.

En plus de cela, Monsanto rentre en contact, à plusieurs reprises en 1986 , avec la maison blanche avec laquelle elle entretien des liens étroits.

Monsanto a ses entrées à la maison blanche car elle a participé à des projets importants en collaboration avec l'armée américaine, pendant la guerre du Vietnam comme expliqué précédemment mais aussi sur le projet Manhattan en fournissant du plutonium  

« Il n’y avait pas encore de produits [OGM] disponibles, mais nous avons tanné Bush pour qu’ils soient réglementés » explique Leonard Guaiarra.

A cette époque, George Bush senior est vice-président de l’administration Reagan et participent est des promoteurs de la dérégulation et déreglementation. Aussi est-il singulier d’aller voir l’un des artisans de la déréglementation pour lui demander de réglementer un produit qui n’existe pas encore.

En 1989 avec l’arrivée de George Bush senior à la Maison Blanche, tout se présente sous les meilleurs hospices.

La déréglementation reste son cheval de bataille et il nomme son numéro 2 Dan Quayle à la présidence du conseil de la compétitivité dont le but est de « réduire le fardeau réglementaire qui pèse sur l’économie ».
Le 26 Mai 1992 le message est clair, réglementer au minimum pour que le biotech U.S., alors en compétition avec le Japon, soit leader mondial2. Le 29 mai Monsanto a gagné. Un texte fondateur d’une vingtaine de pages est validé par la FDA. Dans ce texte, la biotechnologie est considérée comme une simple extension du travail de sélection généalogique. Sous-entendu, le texte publié par la FDA n’est pas une réglementation mais une justification de la non-réglementation des OGM.

Passage en force législatif.

Pour réussir à faire que l’insertion d’une cassette génétique ne soit pas considérée comme l’ajout d’un additif alimentaire mais seulement comme une extension du travail de sélection généalogique, un tour de passe-passe a été nécessaire.

Ce tour de passe-passe c’est le principe « d’équivalence en substance »5. Ce principe indique qu’il n’y a pas de différence entre organisme OGM et non OGM car on y trouve finalement dedans les mêmes molécules que l’on trouve chez tous les êtres vivants. Pour jauger de l’énormité du principe, il faut imaginer le même argumentaire qu’aurait un agent commercial indiquant à des consommateurs récalcitrants que l’huile d’argan et l’huile de palme, c’est en substance la même chose.
Et oui, finalement elles sont toutes les deux composés de matières grasses, «Il y a une équivalence en substances grasses ». L’exemple semble excessif voir incongru, c’est pourtant bien la tenue du principe d’équivalence en substance6.

Cependant le point important du texte fondateur de la FDA est qu’il n’y a pas de norme de sécurité à respecter ou de contrôle à passer pour la mise sur le marché.
Nous n’insistons pas sur les dissensions au sein des scientifiques de la FDA, mais sachez seulement que les employés chargés du dossier, ont vu leurs avis être mis, purement et simplement, à la trappe par leur hiérarchie.

Pourtant, pour maintenir l’ambiguïté d’une régulation des OGM pour le grand public, un rôle à été assigné à la FDA. En effet, les entreprises peuvent choisir, de soumettre à la FDA des études concernant un OGM.
Si la FDA détecte un problème ou un danger, elle pourra émettre des recommandations que l’entreprise pourra choisir d’appliquer ou non.

Vous l’aurez compris, Monsanto et la Maison Blanche ont fait fort.
-> Une chimère de labo est arrivé sur le marché sans avoir subit aucune contraintes législatives ni avoir subit aucun test. Difficile de faire une législation plus accommodante.

Pour Monsanto, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes si ce n’est que bien qu’elle possède deux caissettes génétiques, l’entreprise n’est pas encore semencier. Aussi ne peut-elle que vendre les droits de sa caissette à des semenciers.
Les dépenses engagées pour sa conception7 ayant été importants, les actionnaires insistent pour des rentrées d’argent. Pour cela, Robert Shapiro, PDG de Monsanto, décide de vendre rapidement. Il prend rendez-vous avec Piooner Hi-bred premier semencier mondial9 et vend les droits de la cassette Roundup Ready® pour 450.000 dollars8.

Le succès du Soja Roundup Ready® est rapide et énorme. Il fait comprendre à Robert Shapiro, ô combien modeste, fut la paiement des droits par Pioneer Hi-bred. Aussi pour les autres semenciers qui veulent les acquérir, et ils sont nombreux, le tarif va être sévèrement vu à la hausse.

En plus de rehausser le prix de vente des droits d’exploitation, Robert Shapiro place, directement sur chaque vente une taxe technologique. Il rajoute une dernière clause. Les entreprises s’engagent à ce que 90% des OGM résistant à l’herbicide qu’elles vendent contiennent le gène Roundup Ready®10.

1 Herbicide dont le but est de faire tomber les feuilles.

2 Information prise du livre « le monde selon Monsanto » et Wikipédia sur Monsanto

3 Article du New york Times « Biotechnology food : from the lab to a debacle ». On trouve l’article à l’adresse suivante : http://www.nytimes.com/2001/01/25/business/25FOOD.html?pagewanted=all

4 Cette décision est motivé par la compétition féroce qui existe au niveau international

5 C’est James Maryanski « coordinateur pour la biotechnologie » à cette époque sous la houlette de Michael Taylor, numéro 2 de la F.D.A, qui permet la validation du texte.Lors d’une interview donnée en 2006 à Marie Monique Robin, James Maryanski confirmera que la réglementation des O.G.M. a été basé sur des choix politiques et non scientifiques.
6 Pour plus de renseignement sur la technologie OGM n’hésitez pas à consulter la suite d’article « OGM, où est le problème ? ».

7 Pour rappel, une cassette est pour la résistance au glyphosate, donnant la certification Roundup Ready® et une autre pour le gène Bt ( gène qui sécrète un insecticide contre la pyrale).

8 Les droits pour l’utilisation du gène Bt contre la pyrale du maïs seront vendu pour 38 millions de Dollars.

9 Pioneer HiBred, semencier qui a connu son essor grâce aux hybrides F1 était le premier semencier mondial jusqu’en 2005. Monsanto en rachetant Seminis Inc. Devient le premier semencier mondial.

10 P 211 « Le monde selon Monsanto » de Marie Monique Robin. La dernière clause décrite fut considérée antérieurement comme abusive par les instances réglementaires de la concurrence américaine.

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