OGM, La Tech 6/7 – La Contamination de l’Environnement

Nous avons montré, dans les articles précédents, que la théorie utilisée pour la conception des OGM est obsolète, notamment grâce au projet sur le génome humain. Nous l’avons précisé en évoquant le fonctionnement de quatre organites cellulaires.
Dans cet article, nous parlerons de certaines des conséquences que l’environnement subit. Cette dernière partie va, en effet, se consacrer au problème que représente la dissémination des gènes transgéniques, dans le cadre des cultures OGM, et non OGM ainsi que le danger que cela représente pour la biodiversité.

Rappel technique

Pour bien comprendre les enjeux nous allons rappeler les trois prérogatives techniques qui ont permis l’autorisation des OGM, sur le sol américain d’abord, puis dans 29 pays :

  • Le transgène, comme tout gène, serait dégradé dès qu’il est libéré dans l’environnement, le sol ou le système digestif, ce qui garantirait son innocuité totale.
  • En dehors des flux de pollens, maîtrisables grâce à des précautions de culture adaptées, aucune dissémination de transgène ne serait à craindre.
  • Le transgène, comme le gène, serait une construction stable, définitivement fixée une fois intégrée dans son organisme hôte.

Mais ces trois « sécurités » ne sont pas suffisantes. Le dernier point qui permet d’entériner la question de l’innocuité c’est la notion« d’équivalence en substance » ou de composition substantiellement équivalente.

Cette notion d’équivalence en substance est un concept formidable,

A l’époque à Washington, si vous fréquentiez les mêmes bars que les lobbyistes, vous les entendiez rire de cette réussite. Tout le monde savait que c’était n’importe quoi, ce principe « d’équivalence en substance ». C’était simplement une façon pour ces sociétés- et surtout Monsanto- de mettre rapidement leurs produits sur le marché avec le moins d’interférence gouvernementale possible. Et je dois dire qu’ils ont très bien su défendre leurs intérêts» P 162. Le monde selon Monsanto, Marie-Monique Robin),

il indique que la composition des aliments OGM est faite des mêmes »ingrédients » que leurs comparses non modifiés.
Ainsi il n’y pas de raison de les tester et donc de chercher à établir une législation spécifique (vous avez bien lu. Ils ne sont pas testés. Et ce, parce qu’il n’existe pas de réglementation mais seulement une directive. Pour aller consultez le chapitre 8 du livre de Marie Monique Robin « le monde selon Monsanto »).

« Dans la plupart des cas, les composants des aliments provenant d’une plante génétiquement modifiée seront les mêmes que ou substantiellement similaire à [will be the same as or substantially similar to] ceux que l’on trouve communément dans les aliments, comme les protéines, les graisses, les huiles et les hydrates de carbone.» peut-on lire dans la réglementation des OGM par la FDA, l’agence de sécurité alimentaire américaine.
Dit autrement, les OGM transgéniques ne sont pas tenus d’être testés avant leur mise sur le marché. On peut saluer cette belle performance juridique.

-> Le risque était en effet que la cassette génétique soit considérée comme un additif alimentaire comme le sont « toute substance dont l’utilisation intentionnelle induit ou semble devoir raisonnablement induire, directement ou indirectement, un changement affectant les caractéristiques de n’importe quel aliment (y compris toute substance utilisée intentionnellement pour produire, transformer, conditionner, traiter, emballer, transporter ou conserver la nourriture »1. Dieu merci cet écueil injuste et discriminatoire a été évité.

La dissémination des gènes dans l’environnement

Le processus par lequel un organisme intègre du matériel génétique provenant d’un autre organisme sans en être le descendant s’appelle le transfert horizontale de gènes. Par opposition, le transfert vertical se produit lorsque l’organisme reçoit du matériel génétique à partir de son ancêtre. Nous allons examiner à présent ces deux types de transfert et constater les problèmes que donnent nos OGM sur le terrain en terme de dissémination.

Le transfert vertical.

La plupart des cultures majeures du monde s’hybrident naturellement, c’est le principe de base de la reproduction et du brassage des gènes.

Dans le cas d’une culture qui a été modifiée génétiquement pour être tolérante aux herbicides, il y aura transfert de tous les gènes, et bien sur de celui implanté autant que de ses relatifs sauvages.
Néanmoins, une première différence existe. Les cultures modifiées génétiquement ont beaucoup plus de chances de se croiser/se reproduire que les cultures normales.
-> Le gène modifié étant destiné à surmonter les barrières reproductives naturelles entre organismes, il dispose d’un avantage stratégique majeure.

Une étude du Dr Joy Bergelson de l’Université de l’Illinois, publiée dans l’édition du Journal Nature du 3 Septembre 1998, montre que les plants de moutarde génétiquement modifiés ont 20 fois plus de chances de se croiser que les plants de moutarde normaux poussant juste à côté d’eux.
En d’autres termes le pollen à 20 fois plus de chance de réussir une reproduction complète que la version non modifiée.
-> Si ce résultat devait se confirmer sur toutes les cultures, la biodiversité pourrait être menacée. Une plante se reproduisant avec 20 fois plus de succès auraient toutes les chances d’éliminer ses collègues sauvages. Une seule variété prenant l’ascendant sur les autres.

Cette menace pour la biodiversité a aussi des conséquences économiques.
Il n’existe en effet plus de Colza qui ne soit contaminé par les OGM en Amérique du Nord. C’est une inquiétude très tangible pour les fermiers spécialisés dans l’agriculture biologique.
Nombre d’entre eux font des rapports de traces d’organismes génétiquement modifiés dans leurs cultures, et bien qu’il soit autorisé dans les produits biologiques des traces d’OGM [4] cela n’empêche pas les agriculteurs de développer des inquiétudes concernant la pérennité de l’agriculture biologique face à des gènes, qui ne sont plus synonymes de progrès et de futur mais seulement de pollution génétique.

La transmission des gènes affecte aussi les producteurs conventionnels qui veulent exporter leurs produits dans des pays qui n’autorisent pas le génie génétique. Comme les pays européens et pendant un temps, le Japon.
-> Les riziculteurs en Californie sont effrayés de perdre leurs clients japonais si leurs cultures sont contaminées par des organismes génétiquement modifiés.

En Mars 2004, du maïs génétiquement modifié a été trouvé à Mexico malgré une interdiction biotechnologique de six ans dans ce pays.
A Hawaï, des fermiers de papaye bio ont trouvé des traces de papayes génétiquement modifiée dans leurs récoltes.
En Oregon, de l’herbe génétiquement modifiée s’est croisée avec de l’herbe qui avait poussé normalement à une vingtaine de kilomètres de là.

Le transfert horizontal.

La technique du génie génétique actuelle est une technique de transfert horizontal de gènes. elle prend un gène d’une espèce pour le placer dans une autre (ce phénomène ne se produit pas uniquement en laboratoire). La question qui se pose c’est en quoi est ce que cela change avec les OGM et quelles sont les problèmes auxquels on peut s’attendre.

Voici en neuf points qui permettent de répondre à cette question :

  1. L’ADN transgénique est conçu pour sauter et s’installer dans les génomes, souvent par le biais de vecteurs, composés de plasmides d’origine virale ou bactérienne. Ces plasmides peuvent s’intégrer dans le génome.
  2. L’ADN transgénique a tendance à être structurellement instable et donc sujet à se rompre et à se ré-assembler. Cela donne lieu à de nombreuses délétions, duplications et à des remaniements au cours du processus de transformation, qui se répandent dans le génome hôte.
    -> Cet état de fait rend compte de l’instabilité des variétés transgéniques2.
  3. Les mécanismes qui permettent aux constructions transgéniques de sauter dans le génome, leur donnent la possibilité de sauter à nouveau ultérieurement et de se réinsérer ailleurs, sur un autre site ou dans un autre génome.
  4. Les extrémités du vecteur les plus couramment utilisées pour les plantes transgéniques, l’ADN-T de l’Agrobacterium, constituent des « points chauds » ou « hotspot«  de recombinaisons (des sites de l’ADN qui ont une tendance à s’ouvrir et à se refermer). En outre, un « hotspot » de recombinaisons est également associé avec le promoteur du virus de la mosaïque du chou-fleur (CaMV) et avec de nombreux terminateurs (termine la formation de l’ARN messager), ce qui signifie que l’ADN intégré, dans son ensemble ou en partie, aura une propension accrue à reproduire de nouveaux transferts génétiques horizontaux et des recombinaisons.
  5. Le vecteur Agrobacterium restant dans les plantes transgéniques. Il peut être un vecteur pour une nouvelle dispersion des gènes et il peut très facilement transférer des gènes vers de nombreuses bactéries, ainsi que vers des cellules humaines.
  6. Les constructions transgéniques ont tendance à s’intégrer au niveau des « hotspots » de recombinaisons dans les génomes. cela aurait, encore une fois, tendance à augmenter les probabilités pour qu’ils se désintègrent et se transfèrent de façon horizontale.
  7. L’ADN transgénique a souvent d’autres signaux génétiques que le terminateur. Tels que « l’origine de réplication », qui est héritée du plasmide utilisé comme vecteur d’insertion. Ce sont également des « hotspots » de recombinaisons qui, en plus, peuvent permettre à l’ADN transgénique de se reproduire indépendamment comme un plasmide. Ce dernier se transfert alors aisément vers des bactéries et d’autres cellules.

  8. Le stress métabolique exercé sur l’organisme hôte en raison de la surexpression continue du transgène, liée à des promoteurs agressifs comme le CaMV 35S, augmente l’instabilité de l’ADN transgénique, ce qui facilite, là encore, le transfert génétique horizontal.
  9. L’ADN transgénique est clairement une mosaïque de séquences d’ADNs copiées à partir de différentes espèces et de leurs parasites génétiques; ces homologies signifient que l’ADN transgénique sera plus enclin à se recombiner, avec succès, pour se transférer vers les génomes d’autres espèces ainsi que de leurs parasites génétiques. Les recombinaisons homologues arrivent entre un millier à un million de fois la fréquence de recombinaison non homologue3.

-> Le transfert horizontal est donc grandement facilité chez les OGM par la méthode d’insertion des gènes utilisées. Ce qui induit une incertitude en ce qui concerne l’évolution en environnement naturel. On peut parler dès lors de notion d’externalisation de pollution génétique incontrôlée.

Une pollution génétique incontrôlée ?

Cette pollution génétique ne s’arrête pas là. Si nous parlons pour l’instant uniquement du milieu végétal, il existe des cas de figure envisagés avec des bactéries qui inquiètent les chercheurs.

Un exemple, mettant en exergue ces inquiétudes, concerne les bactéries de notre estomac. Imaginez qu’un transfert horizontal intervienne dans l’estomac d’un individu, entre des aliments génétiquement modifiés et les bactéries de l’estomac

Nous ne pouvons assurer que tous les produits transgéniques, et particulièrement, ceux qui contiennent des gènes provenant de sources non alimentaires, seront digestibles. Par exemple, il est prouvé que certains types de protéines résistent à la digestion et peuvent être absorbés sous forme biologiquement active ». 31 janvier 1992, Samuel Shikbo, du département toxicologique de la FDA.

Le scénario craint est donc que, par transfert horizontal, des bactéries acquièrent le marqueur de résistance à l’antibiotique, l’Ampicilline (Marqueur faisant parti des cassettes génétiques) par de la nourriture OGM ingérée. Et qu’ainsi elles puissent devenir résistantes à l’antibiotique (crainte évoquée par la British Medical Association demandant un moratoire immédiat pour les OGM utilisant cette technique).
Bien qu’il ne soit pas utilisé en médecine humaine, sa dissémination dans d’autres organismes pourrait mettre à l’épreuve, à long terme, l’efficacité des antibiotiques.
-> La biorésistance fait, occasionne environ trois dizaines de milliers de morts eu Europe tous les ans.

Et ce n’est pas le seul cas de figure qui soulève des inquiétudes. Le transgène transféré pourrait très bien être celui codant pour un insecticide. S’il un transfert de ce type s’opérait sur une bactérie de l’estomac, il y aurait une possibilité d’obtenir des bactéries qui produisent de manière continue des pesticides dans notre estomac.

 [1] Extrait du « Foods additive Act » américain voté en 1958 par le congrès

[2] Transgenic Lines Unstable hence Illegal and Ineligible for Protection« ‘MON810« Genome Rearranged Again, Stability of All Transgenic Lines in Doubt« , dans la revue SiS 38.

[3] Isis report 10/03/08, Horizontal Gene Transfer From GMOs Does Happen par Dr. Mae-Wan-Ho et Pr. Joe Cummins.

[4] 0,9 % maximum. Cependant bien que la détection a une précision à 0,1%, une polémique existe sur le choix de 0,9% qui est souvent vu comme une légalisation de la pollution génétique

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