Nourrir la Planète

Auteur : Michel Griffon.

Édition : Odile Jacob

 

Élément de réflexion du Livre :

La planète habite huit cents millions de sous-alimentés qui vivent pour la plupart dans les pays en voie de développement. D’ici 2050, la planète comptera trois milliards d’habitants de plus. Comment allons-nous les nourrir ?

Dès les années 60, cette question s’est posée et nous y avons répondu par la révolution verte. Une révolution fondée sur la génétique, les engrais, les pesticides et des politiques publiques vigoureuses. Cette stratégie ne suffit plus. Comment aujourd’hui concilier productivité accrue, respect de l’environnement et souci d’équité entre les hommes ?
Michel Griffon brosse le tableau de la crise alimentaire mondiale qui se dessine et jette les bases de ce que devrait être le développement durable de l’agriculture du futur. Il plaide pour une « révolution doublement verte ».

 

Définition de la révolution verte

La révolution verte peut être définie à l’origine comme :

  • Un ensemble des techniques de production pour l’agriculture irriguée par inondation dans les zones tropicales humides, avec l’emploi :
    • De variétés de blé et de riz à paille courte et haut rendement
    • D’engrais et produits de protection phytosanitaire.
  • Un ensemble de mesures de politiques agricoles de soutien comprenant :
    • Des garanties d’achat de la récolte par le secteur public à prix fixé à l’avance,
    • Des subventions aux engrais, aux produits de traitement, aux équipements
  • L’accès au crédit
  • La protection tarifaire
  • La présence d’un système de vulgarisation.

Le concept peut être élargi à :

  • Toute forme d’agriculture (pas seulement irriguée, mais aussi pluviale) ou d’élevage.
  • Utilisant des variétés améliorées et des races améliorées,
  • Utilisant des techniques intensives en intrants chimiques au sens large (régulateurs de croissance par exemple)
  • Et, bénéficiant, de mesures de politique agricole réduisant l’incertitude et améliorant les marges bénéficiaires. Au moins pendant une période d’apprentissage technologique.

 

Cette conception de la révolution verte est à opposer en concept à une autre vision, celle basée sur le profit.

Cette autre vision de la révolution verte serait basée sur la prise de conscience d’un industriel s’interpellant en fin de seconde guerre, que l’industrie ne vendait rien à l’agriculture.
Un tracteur de temps en temps mais pas plus.
-> L’idée fut de permettre une évolution des mentalités pour développer un nouveau marché.

On commença donc à les équiper  :

  • avec des machines plus puissantes,
  • à fournir des engrais (les premières estimations du marché de l’engrais se sont faites à partir de la quantité de fumier épandue chaque année par les agriculteurs sur leurs champs pour les fertiliser. Le chiffre trouvé fut de 120 millions de tonnes)
  • et une suite phytosanitaire. Celle-ci venant directement de la chimie inventée entre les deux guerres.

Que cette évolution du marché agricole se soit faite après la seconde guerre n’est pas un hasard. 
Les États-Unis se retrouvait lorsque la guerre fut fini face à une problématique d’un nouveau genre. Le développement de moyen de production dans une économie de guerre pose la question de cette économie lorsqu’il n’y a plus de guerre à fournir.
-> Il fallait, en effet, continuer à faire tourner ses usines de production pour garder l’emploi et la richesse. la solution trouvée fut d’adapter les usines à un nouveau marché et donc d’essayer d’en reconvertir un maximum.
Celles de production de nitrate pour la création d’explosif furent converties en production d’engrais. les usines de production de tanks et autre machines de guerre furent convertis en usine de production de tracteurs.

Ces usines transformées équipèrent l’agriculteur américain mais pas seulement. Une Europe à reconstruire était aussi disponible, il suffisait de leur faire un crédit pour qu’elle puisse acheter. C’est ce qu’on appellera le « plan Marshall ».
Il est à noter que cette solution était proposée en plus du fait d’aides destinées à la reconstruction d’économies dévastées par la guerre. Idéologiquement, pour lutter contre la « menace » du communiste, mais aussi, pour prévenir la famine.
-> Les industriels ont réussi avec l’appui des politiques à imposer ce nouveau type d’agriculture.

L’agriculture est devenue subventionnée (payée par les Français) et déficitaire au travers d’achats d’équipements et de produits phytosanitaires.
Un autre point névralgique de la « guerre », pour le contrôle de la production alimentaire, passe par le contrôle de la production des semences qui donna lieu à la création des hybrides F1 (ou hybride de première génération), une semence devant être rachetée chaque année.
Pour verrouiller complètement le marché, s’adjoint en plus la création d’un catalogue de « semences et variétés » répertoriant l’ensemble des semences ayant le droit d’être commercialisées (à 95 % hybride cela va sans dire).
Plus d’info sur les semences hybrides ou OGM

Une planification agricole prit place en France. Elle incluait une séparation des différents type de production.  Avec d’un côté l’élevage et de l’autre des cultures. La Bretagne, par exemple, fut désigné comme la région se spécialisant dans la production de porcs.
Cette séparation dans les fermes, de l’élevage et de l’agriculture a retiré une bonne partie des fertilisants naturels utilisés pour enrichir le sol (le mélange de pailles et des fientes de porcs en est un bon exemple).
C’est à cette période que commence l’augmentation de la pollution et l’abaissement de la qualité de la viande et de la qualité de l’élevage (surtout pour le porc, avec un entassement extrême dans des usines hors-sol. les conséquences sur le comportement du porc inclues le cannibalisme et une santé précaire sécurisée à coup de médicaments -> en savoir plus sur la production de viande de porcs ) maintenant rationalisé pour la production de masse.
Un nouveau système productiviste qui entraîne une perte de biodiversité et un asservissement de l’agriculteur à sa dette (obligation de s’équiper en machines + frais de fonctionnement élevés).
-> Une des conséquences est la désertification des campagnes, l’agrandissement des parcelles, et l’augmentation de la main d’œuvre ouvrière.

Avec l’augmentation de la taille des parcelles et la mécanisation un nouveau phénomène apparaît, l’érosion des sols.
Cette érosion des sols est un gros problème. Elle correspond à un appauvrissement du sol mis à nu, retourné, que la moindre pluie va lessiver. 
L’épandage de produits phytosanitaires[1] en provenance direct de la chimie industrielle, dont celle du chlore, va aussi aider dans l’appauvrissement des sols et s’attaquant à sa microbiologie et sa faune épigée.

Un sol fertile, à la microbiologie très riche, va se dégrader par le labour, qui, lorsqu’il n’est pas superficiel va confronter son microcosme aux oiseaux (surtout pour les vers de terre) et son humidité aux rayons du soleil (c’est un écosystème à part entière qu’il ne faut pas trop perturber pour qu’il garde ses conditions de fertilité), De plus le tracteur en labourant va tasser la terre par son poids, l’empêchant ainsi de respirer.
Les pesticides et insecticides, en plus d’empoisonner les récoltes, vont opérer une destruction sévère sur l’écosystème des sols.
->  Les racines d’une plante ne poussent que lorsqu’il y a de l’oxygène (grâce aux conduits crées par les vers de terre) et ne trouve ses nutriments qu’au travers des excréments de cette micro-vie. L’appauvrissement des sols et donc la destruction de l’écosystème sol, va limiter l’accès aux nutriments de la plante. Ce qui va obliger à avoir recours aux engrais et aux pesticides. C’est un cercle vicieux et coûteux dont il est difficile de s’extirper (quelques années en fonction de l’état de dégradation du sol).

Une terre qui a subi les trop nombreux assauts des intrants va finir par devenir une terre stérile, c’est-à-dire morte. Cette terre morte, véritable prologue au désert, existe en grande quantité en France.
Ces sols « déserts » sont les candidats idéaux pour les « packages » industriels :

  • Sans engrais phosphatés rien ne pousse,
  • On a le choix que entre des semences autorisées à la vente. Semences qui sont toutes consignées dans un catalogue et à plus de 95% toutes de type hybride F1.
  • La monoculture obligatoire pour fonctionner avec les machines agricoles nécessite aussi des pesticides (contre les champignons) et insecticides.
  • C’est un cercle vicieux, que seules quelques années de disettes, période obligatoire de re-fertilisation du sol (recréation d’un écosystème du sol) permettra de se passer à nouveau d’engrais de synthèse.

L’agriculture intensive ne profite qu’aux grands propriétaires terriens. Il faut aussi garder en mémoire sa complète dépendance au pétrole, pour les tracteurs, le transport, les engrais.

Inadaptées dans les pays en voie de développement, cette méthode a endetté les agriculteurs et massacré les sols. Si l’on rajoute la mondialisation, on obtient au niveau mondial de l’endettement, des bidonvilles et de la désertification.

 

[1] En agriculture, on appelle « intrants » les différents produits apportés aux terres et aux cultures, ce terme comprend :

  • Les engrais
  • Les amendements (éléments améliorants les propriétés physiques et chimiques du sol, tels que le sable, la tourbe, la chaux…)
  • Les produits phytosanitaires,
  • Les activateurs ou retardateurs de croissance.
  • Les semences (et plants) peuvent être considérées comme le premier intrant en agriculture. Mais les semences sont à la fois une production agricole et un outil de production. Elles sont généralement achetées à l’extérieur, mais certaines espèces (comme le blé) sont souvent produites sur la ferme.

Dans une vision plus économique que technique, les intrants désignent tous les produits nécessaires au fonctionnement de l’exploitation agricole que celle-ci doit acheter sur le marché extérieur. Cela inclut, outre les produits cités plus haut, le matériel et les équipements, le carburant nécessaire pour les faire fonctionner, les aliments pour animaux non produits dans la ferme, les médicaments et services vétérinaires, etc.

La maîtrise des intrants au niveau d’une exploitation agricole est d’abord un enjeu économique. Leur utilisation doit tenir compte de leur efficacité, qui diminue lorsqu’on approche de l’optimum jusqu’à s’annuler, pour s’inverser au-delà d’un certain seuil, ainsi que de leur coût qui ampute la marge de l’exploitation dans un contexte de concurrence sur les marchés. Le progrès technique aide les agriculteurs à réduire les quantités de produits utilisés (meilleure connaissance des besoins des plantes, meilleure précision des moyens de pulvérisation ou d’épandage, etc. C’est également un enjeu environnemental, certaines formes d’agriculture, comme l’agriculture biologique, faisant de la maîtrise des intrants une contrainte très forte.

 

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