Mais vous êtes fou d’avaler ça

Un industriel de l’alimentaire dénonce

De Christophe Brusset Chez Flamarion Document.

Éléments de réflexions du Livre

Christophe Brusset expose son expérience de trader dans l’agroalimentaire et comment le profit et la rentabilité sont mis en avant au détriment de l’éthique et de la loi. Il expose aussi le microcosme social qui composait son job en évoquant autant ses rapports avec son patron qu’avec ses collègues.

Une grande part du livre est le partage d’anecdotes et de cas de figures, sélectionnées pour brosser/appréhender le fonctionnement d’une entreprise faisant de l’agroalimentaire.
On notera la prise de risques sur l’achat de marchandises « bradées » qui ne sont envisagées que si la responsabilité finale peut être imputée à quelqu’un d’autre. On constatera cet incroyable plaisir de récupérer un stock indésirable et vérolé pour le transformer et le rendre visuellement vendable pour en tirer une juteuse marge. On s’étonnera des techniques de substitution d’ingrédients dans une liste pour augmenter la marge d’un article (sans pour autant baisser le prix ou l’indiquer sur l’étiquette).

Christophe Brusset présente un système de l’agroalimentaire et de la grande distribution où les supermarchés et leurs centrales d’achats règnent en roi. Où leur influence sur l’agroalimentaire et son évolution est prépondérante.

Plus que l’échantillon de scandales présentés, c’est la mentalité pro-business de l’agroalimentaire, son environnement et ses externalités qui sont décisifs.

 

Berner le consommateur

Le consommateur est un ignorant stupide à qui il est facile de faire croire n’importe quoi. Le Nutella c’est diététique, les Knackis sont des saucisses de tradition, et Danacol est un supplément magique. Tout cela est rendu possible par son inintérêt et sa paresse qui font que pour la grande majorité, regarder l’étiquette est l’effort maximum qui sera consenti.
Mais ce n’est pas pour autant un monde sans loi. C’est d’ailleurs normalement, le rôle des associations de consommateurs, aidées par les institutions publiques (comme le DGCCRF) de dénoncer les scandales et de permettre au consommateur de ne pas se faire avoir.
-> En France, contrairement à l’Allemagne, ces associations de consommateurs, ne sont pas ambitieuses et ne posent pas de problèmes à l’agroalimentaire. Elles cherchent peu et ainsi trouvent peu.

Une législation complaisante

un premier point dont tire parti l’agrobusiness vient de la conception flou et ambiguë de la loi qui sont une opportunité de bénéfices. Elles permettent d’induire le consommateur/badaud en erreur pour l’attirer vers un produit moins cher semblant identique.
On distingue ce flou sur le fabriqué et le transformé (saucissons fait en Corse mais avec de la viande décongelée bretonne ou d’Europe de l’Est), sur la désignation d’un produit (Jambon d’Aoste ou Aoste) ou sur son origine (la moutarde de Dijon est une appellation qui fait référence à une recette et pas à un lieu de production).

Cet état de fait n’est pas un hasard. Elle vient d’une démarche proactive de lobbying sur des technocrates incompétents soumis à la pression des industriels et de la grande distribution.

Il y a donc un jeu effectué de la part des industriels où il s’agit moins de mentir que de jouer sur l’ignorance pédante du consommateur. Un consommateur qui ne s’est jamais posés de questions, et qui a des habitudes.

Par exemple un produit indiqué « fait en France » sera fait en France mais un  produit labellisé « transformé en France » avec sa saveur « cocorico » n’a pas forcément grand chose à voir avec l’hexagone.
Dans le cas d’importation de « champignons de Paris » de Chine ou d’ailleurs, pour pouvoir poser le label « transformé en France« , il suffit désempaqueter la cargaison pour un « tri-sélectif » quelconque/fictif et de remballer le tout.
-> On peut ainsi rajouter la mention « transformé en France » sur l’emballage.

C’est bien la connaissance ou méconnaissance du consommateur qui distingue le degré de qualité des produits vendus par les circuits de la grande distribution. On peut reconnaître un coté espiègle, de la part des industriels et de la grande distribution, dans la volonté de tester les limites de ce qui est possible mais dans un milieu concurrentiel, il est important de bien connaître la totalité d’un cadre de travail pour clairement calculer sa marge de manœuvre dont dépend toute stratégie.

Un premier exemple, mêlant mondialisation et entourloupe; La truffe de Chine. Elle est vendue 30€ le kilo. La variété française elle est vendue 1000€ du kilo. Une société d’import achète de la truffe chinoise puis en vend aux spécialistes français de la truffe à Carpentras. Ces spécialistes vont ensuite faire passer la truffe par l’Italie, l’Espagne, le Luxembourg à chaque fois dans une de leurs filiales et durant le transfert, une erreur va se glisser dans les bordereaux et la truffe va devenir Européenne. Le prix au kilo va aussi changer et se multiplier. cette truffe sans goût, choisi trop jeune pour ne pas avoir de spores visibles (seul moyen de pouvoir différencier la variété française de la variante Chinoise) ne sera pas utilisée comme la variété française. Elle sera utilisée dans des préparations avec arômes ou elle pourra faire illusion.

: « Le 23 mars 2015 sur RTL et l’AFP étaient diffusés une mise en garde de la commission Européenne à l’intention des consommateurs de l’Union Européenne contre les productions importées de Chine. Ils représentent à eux seuls 64% des 2435 produits dangereux répertoriés par le système d’alerte RAPEX en 2014 » [1].

La dictature de la grande distribution

La vente de marchandise en France est soumise au monopole des centrales d’achats de la grande distribution qui peut imposer, à loisir, des prix bas, très bas voir injustifiés.
Elle ne se gêne pas pour maximiser ses marges.
Le manque de concurrence permet :

  • de pressurer les industriels (surtout les PME),
  • de placer des facturations de prestations fictives (Publicités, location d’espace),
  • de placer des pénalités sous des prétextes futiles :
    • livraison incomplète ou en retard (avec une charte horaire et de réception calculées volontairement trop juste).
    • Des commandes passées de façon irrégulières
    • ainsi que des menaces de déréférencement à la moindre protestation

Cette pression force les industrielles à trouver des techniques pour survivre et garder leur marge.
-> La baisse de qualité, la délocalisation sont des options. La science de l’emballage aussi (l’avantage d’alléger les paquets est qu’on garde le même produit, il n’y a pas besoin de payer pour mettre en avant, ni besoin de faire sa promotion).

Cette concurrence des prix bas et le monopole des réseaux de la grande distribution font que le consommateur se retrouve à acheter des produits moyens et sans goût en supermarché (on pourrait contre balancer que si ce n’est pas bon, ce n’est pas cher, vous verrez que ce n’est pas le cas).

Un exemple parmi d’autre :

  • Il n’y a dans les rayons actuellement pas plus de 5% de camembert au lait cru.
  • Les fromages fondus, que l’on retrouve sur des pizzas ou dans des plats préparés servent essentiellement à valoriser des fromages industriels de mauvaises qualités :
    • des invendus et des lots défectueux.
    • des préparations à base de fromages AOC mélangées à de la chimie et des fromages de basses qualités.

La R&D

En recherche et développement il y a les machines hightech intervenant dans la production et le conditionnement (machine ultrasonique pour la mayonnaise, la machine à azote liquide pour débiter des pizzas congelées, un saturateur à saumure pour doubler le poids du jambon) et il y a aussi les recettes et les additifs.

Les auxiliaires techniques

C’est une catégorie d’additifs qui n’a pas à apparaître sur la liste des ingrédients. La différence avec un additif est la quantité présente dans le produit final.

La définition : « toute substance qui n’est pas consommée comme un ingrédient alimentaire en tant que tel, utilisée délibérément dans la transformation de matières premières de denrées alimentaires ou de leurs ingrédients pour répondre à un certain objectif technologique pendant le traitement ou la transformation et pouvant avoir pour résultat la présence non intentionnelle mais techniquement inévitable de résidus de cette substance ou de ses dérivées dans le produit final, à condition que ces résidus ne présentent pas de risques pour la santé et n’ai aucune conséquence sur le produit fini. »

Une description assez libre pour des additifs qui ne nécessite pas d’être indiqué dans la liste des ingrédients.

Il existe différents type d’additifs dont les additifs de maquillage (comme pour un concentré de tomates ayant trop cuit et bruni auquel il faudrait redonner un aspect rouge éclatant).
Ils servent avant tout à masquer les défauts. Ils sont souvent irritants, allergisants et pour certains cancérigènes.

Les arômes naturels ne sont pas forcement plus sain. Ils sont produits majoritairement par des techniques d’expression (mécaniques pour les agrumes) ou par une extraction par solvant. Or cette dernière a le désavantage de concentrer autant les molécules aromatiques que les polluants contenus dans le fruit.

Les entourloupes les plus importantes sont dans la charcuterie industrielle. le cas du jambon est édifiant.
Avant d’atteindre le consommateur, de multiples traitements sont opérés sur le jambon de luxe. Il est injecté :

  • Avec du polyphosphate, des protéines de sang ainsi que du gélifiant pour le charger en eau.
  • Avec du sucre, des glutamates, des arômes et fumées liquides pour le goût
  • De l’ascorbate de sodium et des sels nitrités pour la conservation et la couleur rose.
  • On rajoute à la fin de la procédure une couenne homogène qui va parfaire esthétiquement le produit et donner l’impression qu’il vient directement d’une jambe.

Pour le jambon classique. Utilisé pour les croque-monsieurs ou sur les pizzas, c’est la baratte que l’on utilisera (cuve en inox ou les petits morceaux de jambon sont plongés, malaxés, dans un bain d’additif qui donnera une pâte à qui l’on pourra donner la forme souhaitée).
-> Un croque-monsieur industriel contiendra, entre le pain, la tranche de fromage et le jambon, 5% d’additifs ( Une indication forte de la qualité des matériaux utilisés).

Le Glaçage ou glazing. C’est une couche de glace autour du produit qui évite le dessèchement (5 à 10% du poids final du produit quand la technique est utilisée normalement et jusqu’à 30, 40% pour ceux qui veulent augmenter leur marge ou baisser le prix de vente). Cette couche de glaçage est souvent mélangée avec des additifs et des antibiotiques. Cette technique est utilisée pour les fruits de mer (crevettes, moules…) et aussi pour les filets de poisson, les champignons de Paris…
il existe d’autres types de techniques pour alourdir un produit avec un autre produit moins cher (toujours l’eau).
En voici un autre exemple :

  • On passe une palette de marchandise par une machine en faisant le vide.
  • Cela va ouvrir les fibres auquel on va directement injecter, sous haute pression, une solution d’eau et d’additifs qui va pénétrer au cœur de la fibre avant la surgélation consécutive.
  • La marchandise à gagner en poids et l’industriel en marge.

Le cas des cartons recyclées et des DLUO


Les boites en carton recyclées. Ils sont faits à partir de vieux emballages, papiers, journaux. Des vernis, de l’huile minérale, des encres et autres molécules chimiques impropres à la consommation les composent. ils devraient être considérer comme impropre à l’utilisation alimentaire. Le problème est que les cartons vierges coûtent 20% plus cher. Or ni les distributeurs ni les fournisseurs ne veulent prendre le coût en charge……. ce qui fait que le statut quo est d’or.

Pourquoi les dates limites d’utilisation optimale (DLUO) sont mises sur les bouchons ?
C’est pour facilement pouvoir les changer et à moindre coût remettre l’article en vente.

Le cas Findus

Quand on veut tirer son épingle du jeu en agroalimentaire il faut donc être malin. A savoir qu’il faut s’imaginer participer à une partie de chaises musicales constante. Quand la musique s’arrête, la règle veut qu’il ne faut pas être le dernier debout.
Pour cela il faut pouvoir prouver sa bonne fois en disant que l’on ne savait pas et donc posséder des certificats de conformités du respect des normes. 

Un exemple actuel les lasagnes de cheval Findus illustrent parfaitement cette logique.

La désignation de la viande en trois valeurs facilite les fraudes.
Ces trois taux sont la teneur de protéines, le taux d’humidité et le taux de gras. Si on veut remplacer du bœuf par du cheval, on va chercher une viande avec les trois taux évoqués aussi proche que possible de la viande cible. Si c’est de la viande hachée (du minerai) c’est encore plus facile. On met tout dans une cuve et on transforme à souhait (en variant les pourcentages de viandes utilisées et par l’utilisation d’additifs). Seul un test ADN pourra ensuite révéler la supercherie.

Il faut garder en mémoire qu’un spécialiste/trader en viande connaît son métier. Il a une idée claire des prix au kilo, des fournisseurs et des provenances. Il détectera une incohérence dans une offre très facilement.
-> L’utilisation de cheval dans les lasagnes n’a pu se faire à l’insu de Findus. Pour autant, ils ont été suffisamment malins pour se faire passer pour des victimes plutôt que l’inverse.

« On a pensé à des fabricants de soupe, mais ces gens ne prennent que des sous-produits et c’est tout juste si il ne faut pas donner la marchandise ». Un trader qui cherche à revendre une cargaison à très bas prix.

Récupérer un stock à peu cher et le valoriser

Dans la vie d’un trader il arrive qu’il ait de très bonnes affaires à faire pour peu que l’on ait de l’inspiration.
Voici des exemples de choix qu’opère un trader lorsqu’il s’est fait avoir sur une commande ou lorsqu’un stock est vraiment vendu peu cher.

L’enrobage à froid fait des miracles dans le domaine.
Surtout pour refourguer un stock acheté, à fort bon prix, de champignons teintés de bleus ou des légumes oxydés et noircis. Et la panure c’est tellement peu cher.

Et lorsque l’on s’est fait arnaquer par un fournisseur que l’on a payé un peu trop vite (fournisseur non Européen, difficile de se faire rembourser).
Par exemple avec du piment en poudre mélangé de crottes et de poils, comment faire pour s’en sortir ?

  • On commence par tamiser pour faire partir le plus gros.
  • Ensuite on opère un traitement thermique pour stériliser.
  • Après on le pulvérise en poudre à 120 mesh (unité de taille de pulvérisation).
  • Néanmoins il reste toujours de la crotte dans le piment. C’est là que la possibilité d’avoir 0.5% de matières étrangères dans le produit final rentre en œuvre.
  • On va mélanger le stock vérolé à un bon stock jusqu’à faire descendre le taux de crotte en dessous de 0.5% et on va pouvoir vendre une poudre de piments aux normes.

Concernant des tomates fermentées, surchauffées pour le cacher et donc brunies ? est-ce bon à jeter ?
Pas du tout, il existe un marché pour ça. Il suffit juste de le vendre au bon prix. Il y a un prix pour tout, c’est là la première leçon à retenir de ce livre. Une fois trouvé, on peut faire affaire.

Et à propos du miel frelaté ? Il y a aussi un marché pour le cher et le pas cher. Avec des miels bas de gamme au goût bizarre de levure ou d’alcool, ou contenant de l’oxyde de fer venant d’emballage non alimentaire (Il a le défaut de laisser un dépôt noirâtre dans le fond du bol de thé, mais pour le prix…).
Le bénéfice est dans ce cas plus délicieux que le miel, surtout lorsqu »il s’agir de deux containers surchargés en antibiotique.
-> Les miels frelatés viennent principalement de Chine. Les chinois ont dû faire évoluer leur recette plusieurs fois pour passer les contrôles européens toujours plus stricts.
-> Il y a 30% de miel vendu qui est frelaté en supermarché.

 

Dans le cas des épices

Le poivre en poudre est moins cher que le poivre entier. Ce qui est bizarre car il y a une opération en plus pour le transformer.
Pour faire baisser le prix, il y a aussi une technique, on mélange des baies épuisées (grain de poivre dont les huiles essentielles ont été extraites par solvant. Des traces d’hexane résiduelles sont souvent présentes) avec des baies riches en pipérine, 20 à 30% pour rester dans les normes, on peut même y rajouter des grignons d’olives (ce qui reste après extraction des dernières gouttes d’huile d’olive).
-> Pour autant quand la concurrence reste trop forte (au niveau prix, toujours au niveau prix), il faudra acheter du poivre moulu déjà préparé et là ou s’est le moins cher, en Inde (avec un certificat d’analyses conformes bien entendu).

D’une manière générale des marchandises trop belles et trop peu chères doivent inspirer de nécessaires suspicions.

Comme ce piment en poudre rutilant qu’une étude de routine chez la COFRAC (comité français d’accréditation) pourtant décrit comme étant aux normes [2].
De par le prix, très bas, les ventes sont spectaculaires, les supermarchés sont ravis. Par contre la concurrence est mécontente car ses parts de marché s’étiolent et elle ne comprend pas comment un produit au si beau rendu peut être vendu si bon marché.
Il n’y a pas le choix, il faut investir dans des analyses poussées. Une excellente initiative qui permit de mettre à jour la présence d’un colorant de type RED-SUDAN utilisé pour les peintures.
-> La DGCCRF prévenue, oblige directement la destruction des stocks aux frais de l’entreprise incriminée.

Un autre cas de piments aussi trop peu cher est achetés et directement analysés de façon approfondi (on ne peut pas deux fois dire à la DGCCRF que l’on s’est fait avoir). Ce piment se distingue par une propreté impeccable, aucune bactérie. Ce qui est impossible à moins que la cargaison ait été ionisée/irradiée. Pour éviter d’éveiller des suspicions on va mélanger ce piment avec un piment « normal » ou au moins non ionisé pour rentrer dans les normes bactériennes.

L’Origan d’un concurrent est moins cher. Alors que Pierre (trader fictif utilisé pour faciliter la naration) est bien placé sur le marché. Lui qui d’habitude commande de gros volumes et se satisfait de faire d’excellente négociation.
Que se passe t’il ? Il faut mener l’enquête!
Le marché de l’origan c’est surtout depuis la Turquie qui est un gros producteur que cela se passe (l’Albanie est aussi un pays producteur mais moins important et plus cher pour la variété premium sauvage de l’origan).
Notre Pierre part en Turquie mener l’enquête et découvre que pour casser les prix, les producteurs propose de l’origan coupé au sumac, une herbe visuellement identique mais sans goût….et beaucoup moins cher.
-> il suffit de faire varier le pourcentage de sumac et le prix va pouvoir descendre à loisir. Et si cela n’est pas suffisant pour faire chuter le prix on peut même rajouter des jeunes feuilles d’olivier. C’est encore moins cher :

  • Kilo d’Origan : 5€
  • Kilo de Sumac : 2€
  • Kilo de jeune feuille d’olivier : 1€

Il suffit de trouver le mix le moins cher qui reste dans les normes établis, et on retrouve les faveurs des supermarchés. Le client, lui de tout de manière n’y verra aucune différence.

Le safran est la partie la plus rouge du pistil de la fleur Crocus Sativus. C’est 6000€ le kilo lorsqu’il vient d’Iran et 50000€ lorsqu’il vient de France. Pourquoi est-ce si cher? La raison est que pour faire un kilo de safran, il faut 150.000 fleurs.
Pour faire baisser le coût au kilo il y a plusieurs techniques. On peut utiliser des fleurs de carthame en place du crocus, sélectionner le blanc du pistil (partie basse que l’on recolore) voir même utiliser des filaments de soie, maïs ou coton que l’on va recolorer.

L’oignon rose peut remplacer généreusement l’échalote lorsqu’elle est déshydratée ou en poudre. En plus l’oignon est 3X moins cher. Le résultat ? Un produit vendu 15 à 20% moins cher (pour info c’est en général ce que vaut un produit chinois par rapport à ses concurrents).

Le Ras El Hanout. Cette appellation serait liée au fait que ce mélange représente le meilleur de ce qu’un épicier peut préparer et vendre (littéralement, tête de l’épicerie).
Dans les faits ce n’est pas une appellation protégée, on peut donc y mettre ce que l’on veut. On partira généralement sur une base d’épices à bas prix auquel on rajoutera tous les déchets de l’usine. Des échantillons reçus à l’usine, des restes d’échantillons gratuits, de productions ratées (ketchup brûlé…) voire des restes de poudres coincées dans des machines alimentaires, des restes de paprika bruni, de la farine ou des noisettes vérolés d’insectes.
Si c’est vrai que présenté ainsi ce n’est pas très vendeur, cela a au moins le mérite d’éviter le gâchis.
On valorise, et qui va se plaindre ? Le consommateur ? il n’y connaît rien et n’y veut rien connaître.

Le rajout de pays intermédiaires, dans le transport d’une cargaison, peut permettre de noyer les origines et la nature de celle-ci. Les contrôles de provenance sont plus difficiles et cela favorise les « erreurs ».
Certains pays sont connus et utilisés pour leurs contrôles laxistes (En Europe, le Luxembourg, La Hollande, La Belgique sont connus pour cela).

Les opportunités de la mondialisation.

Et pourquoi ne pas faire passer des noisettes par Dubaï ? Elles deviennent ainsi grecs et n’ont plus besoin de payer les droits de douane Européens.
Il y a un embargo sur des produits chinois? Un collègue vietnamien achète à la place, une cargaison et appose un certificat d’origine vietnamien.

Ces bidouillages ne sont pas invisibles et amènent à des situations aberrantes, avec des pays qui ont des taux d’export sans rapport avec leurs capacités productives. Pour autant cela ne semble pas perturber les autorités compétentes françaises ou européennes.

Concernant le cheval, il n’y a pas de traçabilité, la viande n’est pas tracée. Il arrive donc que des chevaux « disparaissent » de Suède pour finir dans des abattoirs roumains (ou ils pourront se faire passer pour du bœuf, profitant d’un prix au kilo x3).
Le cas de chevaux anglais avec des traces d’anti-inflammatoires (phénylbutazone, c’est une substance dangereuse par l’homme. Elle cause des problèmes d’anémie), qui partent en Europe de l’Est pour être « transformée » en bœuf est une anecdote supplémentaire qui montre comment certaines pratiques, loin d’être des erreurs, sont systématisées.

Le Thé chinois. Le thé de Chine a des taux de pesticides bien supérieurs au maximum prévu par la législation. Les pays européens le savent, pourtant il est urgent de ne rien faire car la Chine se froisse facilement. Et c’est un partenaire dont on ne peut se passer.

Les fruits & légumes surgelés ont au moins trois ou quatre substances actives.

Il y a cet exemple de poivrons qui ont fait l’aller-retour d’Espagne car le taux de méthamidophos [3] était trop important pour que Pierre ose les utiliser. Un concurrent espagnol finalement les a acheté et Ils ont fini sur des pizzas.

Il existe une technique pour ne pas payer le BAPSA (budget des prestations sociales et agricoles) sur les huiles alimentaires. On les importe d’Allemagne (d’une de ses filiales) en nommant/changeant la dénomination en « SOS vormischung » ou sauce de prémélange.
Si jamais un contrôle est effectué la supercherie tombe à l’eau.
Il suffit pour s’innocenter de parler d’erreur de traduction sur le papier. Pour autant; si lors d’un contrôle, l’entreprise est obligée de contacter ses collègues allemands pour obtenir une confirmation de marchandise pour les autorités sanitaires françaises, il est connu que dans la plupart des cas les allemands ne renverront pas de confirmation. Ceux-ci étant connu n’envoyer les documents qu’au bon vouloir.

Les problèmes d’approvisionnement sur certaines marchandises sont toujours un moment propice à faire de belles marges avec des équivalents compensatoires. Ou, de vendre plus cher un produit bas de gamme. Dans le cas de problèmes sur les approvisionnements d’amandes, on peut facilement utiliser de l’amande d’abricot pour les préparations.
Pour les problèmes d’approvisionnement de fraises, on peut se contenter dans les confitures de n’utiliser que les graines de fraises (qu’on mélangera avec de la pectine, du mou de fruits rouge et de sirop de fructose).

Délocaliser pour produire moins cher

Pour délocaliser proprement il faut respecter la chronologie, afin d’obtenir une transition en douceur.

  • D’abord choisir le pays à bas coût et un partenaire sur place qui servira de relais.
  • Faire de la propagande en faisant passer le message d’un semestre difficile et de la perte de gros clients.
  • Construire une nouvelle usine discrètement et préparer la logistique qui va avec.
  • Enfin, annoncer la fermeture de l’usine le cœur sur la main, avec licenciement et plan social. On rajoute une pointe de négociation pour aider.
  • On ferme l’usine, après avoir fait du stock pour une transition en douceur.

Pour disserter des raisons et de l’éthique d’une délocalisation, on peut les résumer à un seul facteur simple.
Produire en France de la qualité à un prix 20% plus cher qui n’intéresse personne. De plus, Les frais de transport sont négligeables (pour 20 tonnes d’ail déshydratés de Chine le coût au kilo revient à 5 cents, dérisoire).

-> La mondialisation fixe une seule équation, produire là où les conditions de travail sont les plus accommodantes et revendre là où il y a du pouvoir d’achat.

Les marges arrières de la grande distribution

Ces marges arrières sont ce que facturent la grande distribution à ses fournisseurs, l’équivalent de frais bancaires non justifiés.
Exemple :

  • Payer pour présenter un produit au chef de rayon lors des salons régionaux internes.
  • Facturer des pénalités de retard si le livreur a plus de 15 minutes de retard.
  • Participer au budget publicité et autres promotions
  • Facturer des frais de mise en rayon, fidélisation et casse….

Les supermarchés sont tellement omniprésents qu’ils sont les seuls débouchés réalistes pour les PME. Et avec la grande distribution, il vaut mieux avoir les reins solides pour ne pas y perdre des plumes [4].

  • Budget de référencement, participation aux campagnes de publicité.
  • Payer pour garder sa place en rayon (en ne pas perdre un marché national au profit de concurrents).
  • Payer pour participer aux anniversaires et promotions.

Les marges arrières peuvent représenter jusqu’à 60% du prix du produit final (35% pour l’alimentaire).

François Pullier de l’ILEC (institut de liaisons et d’études des industries de la consommation) publie un compte rendu où il montre les marges des trois acteurs sur un produit vendu en supermarché :

  • Si il y a une augmentation de 10% du prix d’un article, les 2/3 vont à la grande distribution, 10% à l’industriel et ¼ en ticket remise ou NIP (Nouveaux instruments de promotion) au client.
  • L’augmentation du prix profite d’abord à la grande distribution, Les NIP sont inclus dans le prix pour le fournisseur, elles sont considérées comme des marges arrières.
  • C’est ce fonctionnement et ses marges arrières qui font que l’Allemagne est moins cher de 15% par rapport à la France (p227)
  • Dans le Hard Discount, un fournisseur doit créer une autre marque pour vendre le même produit à moins cher (législation interdit les discriminations de prix de vente d’un même produit, même quand cela est dû à des marges arrières inférieures).
    -> Grâce à une politique sans marge arrière de ces enseignes on peut trouver des produits équivalents jusqu’à 40% moins cher.

Les marques de distributeurs sont le créneau des produits qui semblent équivalent et vendu à moins cher que ceux des grandes marques. Ils réutilisent pour cela le packaging dans les grandes lignes, puis appellent un de leurs fournisseurs pour lui dire qu’ils veulent un produit moins cher de tant de pourcents. ceux-ci pour répondre au cahier des charges vont faire appel à des matières premières premium en moins grandes quantités et vont compenser le manque de goût avec des additifs et des arômes.

Il peut aussi arriver que la grande distribution est juste envie d’améliorer ses marges. Elle va demander pour cela à son fournisseur de produire un mix d’ingrédients moins cher.

-> Le cas de l’eau de fleur d’oranger [5]

Ce produit est en effet passé de fleurs d’oranger distillées à un mélange d’essences et d’arômes avant que finalement on ne fasse une préparation uniquement basée sur de l’arôme de fleur d’oranger.
Le prix n’a pas changé tout au long de l’évolution/dégradation du produit (actuellement il n’y a plus en supermarché de vrai fleur d’oranger).
Il aura fallu l’intervention de la DGCCRF pour que l’étiquette soit changée et indique les bons ingrédients et la bonne désignation. Sans pour autant que la grand distribution ne subisse la moindre pénalité.

Conclusions

  • 500.000 intoxications chaque année en France
  • 1500 hospitalisations
  • Entre 280 et 700 morts
  • Une cuisine collective se fait contrôler une fois tous les 12 ans et un restaurant 1x fois tous les 30 ans.

20% des étiquetages posent problèmes (= sont mensongés). A savoir qu’il y a un risque de 20% pour du poisson labellisé « sauvage » ou « de ligne » qu’ils viennent de silos d’élevage. 20% de chances que des pétoncles du chili se fassent passer pour des noix de la baie de Saint-Brieuc….

Ce genre de scandales sont normalement révélés par des associations de consommateurs fortes.
-> elles ne sont pas très active en France. A l’opposer de l’Allemagne où une association de consommateurs obtient de vrais résultats, elle se nomme Foodwatch.
-> Elle existe à présent en France (en tout petit).
-> Foodwatch ne fonctionne qu’avec les donations de ses abonnés.

Plus que jamais la mondialisation est la possibilité de fraudes et de malversations. Nous voyons que des traders au supermarché, tout le monde est dans la boucle avec un seul projet, faire de l’argent.
La conclusion de ce livre est :

  • qu’il faut rester très prudent avec tout ce qui est transformé,
  • de savoir que le peu de contrôles et de réprimandes vérolent la confiance que l’on pourrait avoir dans la liste des ingrédients.
  • Qu’il est plus que jamais stratégique de se passer de ce genre de lieu pour faire ses courses

Ce livre tire une sonnette d’alarme sur les pratiques de l’agroalimentaire. C’est l’occasion d’une prise de conscience de ce qu’est un supermarché. Un lieu de blanchiment et de vote du consommateur qui, qu’il le veuille ou non, est bien celui qui légitimise ces pratiques lorsqu’il prend un article d’un rayon et le place dans son caddie.

[1] P29

[2] Si il y a le moindre problème, les tests ont été effectués, la responsabilité est déplacée.

[3] Substance active de type insecticide organophosphoré.

[4] Certains groupes se sont fait une spécialité d’amener à la faillite des PME pour les racheter à très bas prix.

[5] Eau obtenue par distillation des fleurs d’orangers.

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