Bidoche

L’industrie de la viande menace le monde

Fabrice Nicolino

Edition LLL (les liens qui libèrent)

Élément de réflexion du Livre :

Ce livre traite les différents aspects afférents à la production et commerce de la viande.

  • du lobby de la viande son influence et son réseau
  • De la souffrance animale
  • De la pollution engendrée par la production de viande
  • De l’aspect vétérinaire et antibiotique
  • De la génétique
  • des abattoirs
  • et plus

Nous synthétisons une partie des informations permettant de se faire une idée étendue du marché de la viande et de sa problématique.

De quoi nous allons parler

La consommation de viande à énormément augmenté au niveau mondial. Pour la nourrir, il faut beaucoup de surfaces, tellement que l’adage « l’agriculture sert à nourrir les hommes » peut être maintenant transformé en « l’agriculture sert à produire de la viande ». la demande et la surface que sa production nécessite sont dantesques. Et cette production ne s’effectue pas n’importe comment, elle a été rationalisée de bout en bout. Que cela viennent de la production de rations alimentaires, aux bâtiments en passant par les traitements nécessaires à la survie des cheptels dans des conditions de promiscuité exacerbée, il existe énormément d’éléments qui ne sont pas ou peu connu et qui place la viande en première ligne des produits de consommation ayant un impact direct sur la destruction de la planète.
Comprendre les réalités de production et leurs coûts, que ce soit sur l’environnement, sur la santé ou sur l’éthique, c’est avant tout en étudiant de façon simple l’équation dans son ensemble que nous pouvons agir.
C’est avec cette logique en tête que cette fiche de lecture est créée et se propose de vous présenter l’équation de la bidoche.

Avant d’aller dans le vif du sujet un rappel sur la France d’après guerre et la place de la production de viande dans le redressement de la France.

Comment les exportations de viande ont permis à la France de se redresser

Les gaz à effet de serre & Ecologie

Pollution des eaux, élevage et désordre climatique, déforestation

C’est en 1965 que la Bretagne fut décidé comme région de production de viande par Edgar Pisani.
En 2006, la Bretagne devait nourrir pour sa production :

  • 14 millions de porcs
  • 2.100.000 de bovins
  • 350.000.000 de volailles de chaires

Au niveau physiologique, les rejets d’un porc correspondent à ceux de trois humains.

Premier constat, cela veut dire que la production animale pollue 10x plus que les 3.2 millions de bretons y habitant.
Les grandes quantités de rejets de fientes et d’azote ne peuvent pas être absorbées par le sol, ce qui fait qu’on les retrouve en grande partie dans les eaux.
👉d’où le fort développement d’algues vertes, notamment dans la baie de Saint-Brieuc.

En plus des fientes azotés, il faut y rajouter les engrais azotés.
Nous parlons de 200.000 tonnes de fientes avec 300.000 tonnes d’engrais par an.
Les nitrates éléments des engrais azotés se retrouvent dans l’eau.
-> D’origine une eau non-contaminé, comme une eau de nappe phréatique, a un taux de nitrate de 0.1 à 1 mg /litre.
-> L’union Européenne indique un taux max dans une eau à boire de 25 mg/litre précisant qu’à 50 mg/litre l’eau n’est plus potable.

En Bretagne en 1971, le nitrate existe au niveau de traces dans les eaux. En 1981, le taux moyen est de 25 mg/litre de 40 mg/litre en 1996 pour redescendre à 30.6 en 2006.
Depuis 1994, des centaines de millions ont été investis pour le projet : Bretagne eau pure.

En 2007, 31 des 51 stations bretonnes proposait une eau avec un taux de nitrate inférieur à 50 Mg/l (19 stations de pompage d’eau en dessous de 50 Mg/l avec 32 sites relativement dégradés).
Une loi Européenne de 1975 indique qu’il n’est pas permis de boire une eau ayant plus de 50 Mg/l. Une loi non applicable en Bretagne et qui a amené l’Europe a condamné la France en 2001 pour négligence.

Point intéressant : La cour des comptes mesure en 2002, la portée des lourds investissements réalisés en Bretagne pour la qualité de l’eau et découvre que sur les 310 millions déjà investis il n’existe aucune preuve d’une quelconque efficacité, seulement une stagnation du taux de nitrate à certains endroits.

Quelles sont les conséquences de la production industrielle de viande au niveau mondial ?

D’après un rapport de la FAO « Livestock’s long shadow » de 2006,  l’élevage serait responsable de 18% des émissions anthropiques (dû à l’homme) de Gaz à effet de serre ou G.E.S.
Plus précisément, l’élevage :

  • Produit 9% du CO2.
  • 37% du méthane (Pouvoir réchauffant global ou PRG23x supérieur au CO2)
  • 65% du protoxyde d’azote (PRG 296x celui du CO2)
  • 64% de l’ammoniaque. L’ammoniaque n’est pas un GES mais est responsable des pluies acides et joue un rôle dans l’acidification des sols et eaux.
  • 45% de l’eau utilisée par la production d’aliments.
  • Il faut 25 litres d’eau pour faire 100 grammes de blé mais entre 15.000 et 25.000 pour 100 de bœuf.
  • Le bétail représente 20% de la biomasse terrestre.
  • L’élevage participe de l’extinction des espèces en coupant les territoires, en rasant les forêts et par les ressources globales qu’il nécessite.

Le cas du Brésil

Au Brésil, 91% des surfaces déboisées servent soit au pâturage soit à la production de soja pour le bétail.
En 1940, le Brésil avait un 34 millions de têtes de bétail. L’accélération du nombre de tête est favorisée par l’arrivée de l’armée au pouvoir en 1965 et la construction d’une route de 5600 km entre l’atlantique et la Bolivie. En 1970, ce sont 78 millions de têtes de bétail, 118 millions en 1980, 153 en 96 et 183 en 2006. Si on ajoute à cela les exportations importantes de soja, on comprend le déboisement de 80 millions d’hectares de forêt tropicale pour le seul Brésil.
Pour autant, un rapport de 2009 indique que 80% du déboisement est provoqué par l’augmentation du nombre de bœufs (Amazon cattle footprint, greenpeace 2009).
75% des GES au Brésil viennent de la déforestation, ce qui en fait le 4eme émetteur au monde.

Une étude japonaise (evaluating environmental impacts of the Japanese beef cow-calf system by the life cycle assessment method, national institutes of livestock and grassland science, Tsukuba) indique que la contribution d’un bœuf sur son cycle de production sur le réchauffement climatique, l’acidification, l’eutrophisation[1] et la consommation d’énergie était équivalent à :

– 4550 kg de Dioxyde de Carbone – CO2
– 40.1 kg de Dioxyde de soufre – SO2
– 7.0 kg de phosphate – PO4

« on sélectionne de plus en plus les parties comestibles des animaux. Autrefois, on utilisait l’animal entier[…] les abas, le sang et les os seront surtout recyclés comme aliments pour animaux. Ainsi, on tend à remplacer les animaux à fin multiples par des animaux à fin unique, surtout dans le but d’obtenir des protéines animales. » Henning Steinfeld, zootechnicien FAO

[1] La croissance anarchique d’algues, de zones mortes et de poissons morts en milieu aquatique est un processus que l’on nomme eutrophisation.

Bien que moindre, Les élevages de bétails biologiques ont aussi leur part dans la production de GES.

La différence entre un végétalien et un viandard :

Un homme se passant de lait et de viande produit par an l’équivalent CO2 de 281km, si les produits viennent de l’agriculture biologique.
Pour le viandard classique, l’équivalent CO2 en Km sera de 4758 km donc un impact environnemental 20x supérieur.
L’élevage français n’intervient pas dans la déforestation de la France.

Viande et Santé

Viande et contamination

Dans cette partie, nous évoquons les rapports entre la santé et la viande. Nous partons aux États-Unis, le pays le plus riche du monde pour constater, aux travers de différentes études, de la qualité sanitaire de la viande.

Nous commençons par la présentation d’une étude de la USDA (United States departement of Agriculture).
Elle s’intéresse à la présence de bactéries dans la viande.
L’étude, de 1996, porte sur 600 échantillons dans lequel a été relevé que :

  • 7,5% contenait de la salmonelle
  • 7% de la listeria monocytogène
  • 30% des staphylocoques dorés
  • 3% du clostridium perfringens[1]

Ces bactéries sont toutes des pathogènes pour l’homme dont certaines responsables d’intoxications mortelles.
De plus 78.6% des échantillons étaient aussi contaminés avec de l’escherichia Coli, une bactérie de biotype 1, à savoir une que l’on trouve dans les excréments.
Dans son Best-seller, Eric Schloser indique que 200.000 américains chaque jour sont contaminés par des bactéries contenues dans la viande.
Ce qui correspond en proportion à un quart de la population des États-Unis par an.
De ces 200.000, 900 sont hospitalisés et 14 meurent chaque jour.

Viande et qualité d’alimentation

Un fourrage d’abord optimisé pour le coût :
Jusqu’en 1997, 75% du bétail ovin et bovin mangeait des déchets d’ovins et de bovins ainsi que des millions de chiens et de chats.
Une étude de 1994 indique que d’autres pratiques d’optimisation existent. Nous en citons une assez particulière puisqu’elle indique qu’en Arkansas les producteurs de viande récupéreraient jusqu’à 1000 tonnes de déjection de litière par jour pour les mélanger à la nourriture du bétail.

Viande et politique

Ces premiers exemples suscitent autant l’indignation que la méfiance, le commerce de la viande est-il donc si laid ? Et si il l’est, en a t’il toujours été ainsi ?
un début de réponse se situe dans des choix politiques.
En 1981, Ronald Reagan devient président des états-Unis d’Amérique.
Il nomme secrétaire à l’agriculture John R. Block. C’est un entrepreneur à succès dans l’agrobusiness et en particulier dans la production de porcs industriels. Il sera secrétaire de l’agriculture de 1981 à 1986.
Sa position, lorsqu’il arrive dans son ministère est claire. Il ne considère pas que le gouvernement doive conseiller les citoyens sur ce qu’ils devraient manger. Typiquement sur tout ce qui est conseils et recommandations.
Pour s’assurer que sa vision des choses soit respectée, il supprimera l’une des agences chargée de la santé, le « Human Nutrition Center ».
Ce choix permet de postuler une hypothèse quand à ses intentions. Il s’agit de ne pas laisser en place de structure d’état qui pourrait nuire ou coûter à son secteur d’activité.

Lorsqu’il quitte le ministère de l’agriculture en 1986, il devient président du « Food marketing institute » qui contribue à hauteur de 400.000 dollars à chaque élection présidentielle et conseiller de la PTAC « Pork Trade Action Coalition » une organisation qui fait du lobbying pour les producteurs de porcs.

Cet exemple, illustre un élément de politique américaine. A savoir l’orientation pro business de la maison blanche et la façon dont Ronald Reagan, en plaçant un producteur de cochons dont le commerce est directement lié au département de l’agriculture comme secrétaire de ce département va permettre un impact fort en donnant les clés du pouvoir à quelqu’un qui devrait en subir le joug.

En France, les laboratoires sont ceux qui doivent montrer l’innocuité de leurs médicaments.
En conséquence, rare sont les études négatives qui sont publiées. Si c’est le cas, ils effectuent un travail de réécriture pour transformer les points à portée négative en points positifs.
Pour cela, ils disposent de mille astuces pour véroler l’authenticité des chiffres et ainsi produire le résultat attendu ou porteur de promesses de rentabilité.

A cela, ils ont une autre arme, développé par l’agence de communication Hill&Knowlton pour le tabac et l’amiante, le doute. A chaque fois qu’une étude produit des faits qui peuvent nuire à un commerce, la réponse de l’entreprise ou du secteur sera, au travers d’une campagne de communication, de questionner la fiabilité de l’étude et de tenter de la discréditer. Quand l’étude sera basée sur des animaux, la réponse sera de dire que tant qu’il n’y a pas de tests sur l’humain, les chiffres ne sont pas fiables et qu’en absence de la preuve absolue (ce qui est proche d’impossible à obtenir) il n’y a pas de raison d’agir, qu’il y a sujet à discussion à débat.

La présomption d’imputabilité, c’est au producteur et non à la victime de prouver l’innocuité de son produit.

Quelques études sur les effets néfastes de la consommation de viande

Dans une étude sur la circulation sanguine de 2008 étudiant 7800 patientes avec un régime alimentaire à l’occidental (dont une partie consommant de la viande rouge), on constate les résultats suivants :

  • La consommation de viande rouge rajoute un risque de décès prématuré de 21%
  • A l’opposé un régime composé de fruits, de légumes de poissons et de poulets voit une baisse de ce risque de 29%

Concernant le surpoids

En 2015 il y a avait dans le monde 2.3 milliards de personnes en surpoids et 700 millions d’obèses.
En France, c’est 6 millions d’obèses et 14,4 millions de personnes en surpoids.

Une étude sur la consommation de la viande  à Epic-Oxford[3] sur un nombre proche de 22.000 personnes indiquait que le passage à un régime sans viande limite clairement le poids moyen.
👉En moyenne les végétaliens sont plus maigres que les consommateurs de bidoche.

Concernant les cancers.

La consommation de viande rouge va surtout influer sur les risques de cancer du côlon.

C’est le troisième cancer le plus fréquent au monde et une étude du réseau E.P.I.C. [4] le confirme dans une étude où ils ont suivi 521.000 personnes.
Le risque de cancer du côlon augmente chez les personnes mangeant de la viande rouge avec une augmentation de 35% de ce risque chez les grands mangeurs.

Cette étude suggère donc d’éviter les viandes rouges de type : Bœufs, agneaux et porcs
Ainsi que les viandes transformées, à savoir : Fumées, séchées, salées, saumurées et reconstituées.

Une autre étude de 2007 ayant suivi  500.000 personnes de 1995 à 2003 a montré que les mangeurs de viandes rouges ainsi que les mangeurs de charcuterie confirme bien le risque de cancer colorectal.
On apprend aussi qu’il en est de même pour le cancer du poumon et le cancer de la prostate [5].

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Clostridium_perfringens

[2] European journal of medical nutrition)

[3]Weight gain over 5 years in 21966 meat eating, fish eating, vegetarian or vegan men and women in Epic-Oxford”, international journal of obesity, 2006.

[4] « European prospective investigation in cancer and nutrition »,de elio Riboli de 2005

[5] “A prospective study of red and processed meat intake on relation to cancer risk”, plos MED., 2007, 4 (12), e325

 

Viande et éthique

Pour se familiariser avec la problématique d’éthique existant dans la production de viande industrielle, il faut prendre le temps de connaître son fonctionnement.
Nous présentons ci-après les méthodes de production pour le porc, le veau et la volaille.

La production de porcelets

Avant de produire du porcelet, il faut déjà choisir son modèle puis acheter le sperme correspondant à une banque spécialisée génétique animal. Ensuite il faut l’injecter dans une truie.
Si elle est fécondée elle devra rester sans bouger, 3 mois 3 semaines et trois jours, le temps de la gestation, avant de mettre à bas sa portée.
Une première sélection sera effectuée sur le minerai ou porcelets basé sur des critères de rentabilité et de normalité. Ceux ne répondant pas aux critères définis seront réformés ou tués.
Pendant sa gestation, la truie est entravée, elle ne peut pas bouger, avant tout pour éviter de dépenser une énergie réservée à la production des porcelets.
La truie met à  bas entre 15 et 20 petits (Moyenne en industrie)pour 14 tétons.
Cela veut-il dire qu’il peut y avoir 6 petits de trop ?
Non, car il y a de la perte (la mère va parfois marcher sur un petit et le tuer).
Pour autant, pour la truie il ne s’agit pas de chômer, une fois la portée sortie, il est déjà temps de préparer une seconde insémination et une autre… en fait, jusqu’à que le corps ne propose plus le niveau de rentabilité requis par l’industrie. Dans ce cas, comme pour les porcelets non conformes, la truie sera réformée pour laisser place à une nouvelle truie.
Dès 6 jours, les petits subissent un traitement pour les préparer à leur box. Ils sont castrés, les dents sont limes et la queue coupée. Les deux derniers ayant pour but de prévenir les crises de cannibalisme qui peuvent survenir. L’opération doit être réalisée avec des casques antibruit, car les porcelets autant que leur mère en colère crient bien fort.
Ensuite le minerai (les porcelets) passe dans le hangar PS (Post sevrage) ou il sera injecté en vaccin et cocktails pharmaceutiques pour enfin arriver au hangar d’engraissement où il pourra se concentrer sur être une usine à viande.
Le bâtiment est maintenu dans le noir pour des raisons de coût, mais aussi, parait-il, pour prévenir le cannibalisme.

Pauvre cochon, lui qui, en plein air, aime courir, fouiller le sol, jouer avec ses congénères. En élevage concentrationnaire, il ne fait rien, il reste à attendre de manger dans le noir sur un sol en béton recouvert de caillebotis.

Le chargement du minerai mature pour l’abattoir prend une heure et demie. Ce qui pourrait être plus rapide mais qui est dû à ceux qui ont un problème d’handicap et qu’il faut tirer bon gré mal gré vers le camion.

Le veau

L’équation reste déshumanisée pour la production de veau avec une équation de production d’abord rationalisée sur l’objectif premier de rentabilité.

La production commence par un sevrage en accéléré.
Deux jours pas plus. Un sevrage rapide qui n’est pas du goût de la mère puisque celle-ci pourra crier pendant 48 heures pour essayer de retrouver ce qu’elle a porté et perdu (en temps normal un veau peut rester à téter sa mère jusqu’à huit mois).
Ensuite, pour avoir un veau qui correspond au cahier des charges de la grande distribution, il s’agit de suivre des méthodes particulières.
Le veau doit :

  • être entraver,
  • avoir une alimentation sans fer (cela rougit une viande qui pour le consommateur doit être transparente ou teintée rose) donc pas de foin…
  • recevoir peu d’eau à boire, car cela limite l’engraissement.

Un veau vit entre 4 à 6 mois, avant d’être abattu et durant sa courte vie n’aura jamais de litière.

Comment tire-t-on le sperme du taureau ?
Une question passionnante auquel nous donnons de suite une réponse.
– On aplatit une vache sur une table émettant des phéromones
– On amène le taureau pour qu’il soit en situation d’évacuation de semence.
– on récupère au moment propice, le précieux liquide.

Le poulet

La première chose à savoir c’est que 50 millions de poussins mâles indésirables sont tués chaque année. Pour cela :

  • les œufs sont ouverts,
  • les femelles sélectionnées
  • puis on découpe le bec avant de les placer dans l’élevage
  • Cette élevage pourra atteindre 40.000 poulets et une densité de 22 poulets au m².

Les poulets ainsi traités peuvent développer des pathologies comme les ampoules, les ulcères, les inflammations les luxations et même des hémorragies.
Pour ces poulets batteries, la souffrance est de 6 semaines avant l’abattoir.
Pour les poules pondeuses, elles sont stockées dans des hangars sans fenêtres sur 3 à 6 étages de cages remplies de poules (jusqu’à 90.000 poules dans un hangar).

La production de foie gras

Dans la production de foie gras, un million d’oies et de canards meurent chaque année pendant la période de gavage.
Si d’un côté, les partisans essayent de dire que le gavage est un processus indolore et réversible pour l’animal, les élevages, automatisés montrent que le tuyau de gavage peut perforer l’œsophage ou aider à la création d’un jabot oesophagien (lieu privilégié pour un développement bactérien).

Viande & Famine

Crise alimentaire

Qu’est ce qui lit la viande à la famine dans le monde ?
La  raison est simple, il faut en moyenne 7 à 9 calories végétales pour faire une calorie animale. donc une quantité démultipliée de céréales et donc de terres cultivées sont nécessaire pour nourrir l’animal.
Cela va directement influer sur la disponibilité des surface agricoles pour la production céréalière à destination de l’homme, l’augmentation des tarifs des céréales et au niveau local, une pression exercée sur les ressources en eau et la pollution engendrée par les rejets animaliers.

👉Une consommation régulière de viande va donc induire une pression environnementale exponentielle pour la planète.

L’évolution de la production céréalière & animale

Au niveau mondial, la production de céréales a augmenté de 2.33X entre 1960 et 2000, ce qui est énorme.
Le nombre d’animaux d’élevage a lui été augmenté de 3.34 fois.
Actuellement existe dans certains pays, une problématique de l’accès à l’eau potable, de désertification et d’érosion des sols.
Rappelons quelques chiffres :

  • En 1961 il y a avait sur terre 3 milliards d’êtres humains pour 6,9 milliards d’animaux.
  • En 2001, il y avait sur terre 6 milliards d’êtres humains pour 20 milliards d’animaux.

Si l’évolution continue,

  • En 2050 il y aura sur terre 10 milliards d’êtres humains pour 36 milliards d’animaux, à savoir surtout volailles, cochons et bovins.

Cette quantité énorme d’animaux nécessite une  surface agricole énorme pour les nourrir d’autant que le coût calorique de conversion céréales/animal est important.
Il est de :

  • 4 calories céréales/végétales pour 1 de porc ou de poulet
  • 11 calories végétales/céréales pour 1 de mouton ou de bœuf.

Mais, si on inclut la totalité des processus de production à savoir entre autre :

  • Le transport
  • Le chauffage & la ventilation pour les hangars (Porcs en Poulets)

👉 on obtient en moyenne 33.3 calories végétales pour 1 animal.

Pour nourrir la totalité du bétail de la planète en 2006-2007 il a fallu consacrer 740 millions de tonnes de céréales.
En 1997, Le professeur David Pimentel estimait que les céréales utilisées pour l’élevage américain seul suffirait à nourrir 800 millions de personnes et que 75 à 80% des terres agricoles U.S. étaient réservées à la production de viande.

On constate donc le coût important résultant de la consommation de viande. Si on standardise les menus à la quantité de céréales utilisée pour les obtenir on constate les chiffres suivants :

  • Un régime Végan nécessite 180 kg de céréales par an
  • Un régime Carné nécessite  930 kg de céréales par an

👉Le décalage est donc énorme puisqu’un régime végétalien nécessite 5x moins de céréales. C’est d’ailleurs pour cela que l’écologiste indienne Vandana Shiva estime que l’Europe utilise 7x sa surface agricole pour maintenir son élevage intensif, qui est pour mémoire un élevage :

  • majoritairement hors-sol
  • qui utilise de grande quantité de soja d’Amérique du Sud (Exclusivement du soja Ogm RR ou RoundUp Ready de Monsanto)
  • qui est totalement dépendant du pétrole pour fonctionner.

Et pour la France :

La France, c’est 55 millions d’hectares dont 29,39 millions utilisés comme surface agricole.
Au niveau mondial, la FAO indique que 70% de la surface agricole est utilisée soit pour le pâturage soit pour la production de céréales destiné à les nourrir.
Pour autant ce sont 40% des céréales produites dans le monde qui servent à nourrir le bétail.

Un premier constat que l’on peut faire est de questionner l’adage « L’agriculture a vocation à nourrir les hommes » en indiquant qu’il n’est plus vrai  :

👉Actuellement l’agriculture sert avant tout à produire de la viande.

Les chiffres de la Chine en 2005 :

  • Le cheptel porcin compte 481.9 millions de têtes. Soit 3x le cheptel E.U. et donc la moitié du cheptel mondial.
  • 2 milliards de poulets en hausse de 15% depuis 2001
  • 366 millions d’ovins ( moutons et de chèvres)
  • 148 millions de bovins, soit le troisième cheptel mondial.

La production de viande en Chine se spécifie d’une magnitude bien supérieure aux chiffres européens. Ce qui fait que lorsque la Chine décide de passer la production d’œufs de 100 à 200 œufs par Chinois et par an, il faut qu’elle ajoute 1.4 milliard de poules au cheptel actuel ou l’équivalent de la production céréalière de l’Australie.

Le directeur Jacques Diouf de la FAO indiquait que le nombre d’affamés chroniques est passé de 848 millions en 2005 à 923 millions en 2007.
La USDA estime que l’augmentation des prix alimentaires à jeter sur la même période 130 millions de personnes de plus dans la famine avec pour causes principales, les biocarburants et la spéculation sur le prix des céréales.

Bruno Parmentier indiquait dans « nourrir l’humanité » que :

  • dans les années 50 un humain disposait de 0.43 Ha pour se nourrir
  • Qu’en 2010 il disposait de 0.25 Ha
  • Et que cela pourrait passer à 0.15 Ha en 2050

Une raison pour cela, entre 1960 et 2000, la population a doublé alors que la surface arable à seulement augmentée de 9%.
Des études indiquerait que 0,15 hectare suffirait à nourrir un homme.

Les conséquences d’un besoin de terres arables

La nécessité de disposer de beaucoup de céréales entraînent une tendance particulière, l’achat de terres agricoles.
Les états suffisamment riches et en besoin, se mettent en quête de terres agricoles dans des pays étrangers pour servir leurs besoins nationaux.

L’Arabie Saoudite a par exemple acheté 1,6 million d’Ha de terres à l’Indonésie, 1.4 million au Pakistan et au Soudan avec les ressources en eau nécessaire.

L’inde, La Grande-Bretagne, La Suède, la Chine et le Brésil (pourtant bien doté) achètent ou tentent d’acheter des terres chez des pays étrangers.

Modernisation Agriculture

Industrialisation Rationalisation, France d’après guerre.

L’après-guerre pour la France, ce sont, les tickets de rationnement avec 200 grammes de viande par semaine.
C’est le voyage d’ingénieurs français aux U.S.A. et la découverte du modèle de production de viande rationalisé à l’américaine. Ce modèle va marquer les esprits des décideurs et lancer la mutation des méthodes de production de la viande en France. L’impulsion qui motive : « Sortir la France du moyen-âge ».

« Il y a un état d’esprit, un comportement spécifique paysan, qui ne relève pas seulement de l’ignorance, d’une sorte d’insuffisance de développement intellectuel et de savoir, qui est au contraire lié en quelque sorte à la vie paysanne, aux modes et au but du travail paysan. Il y a donc le système agricole étant constitué, une sorte d’ankylose des esprits, le système est clos, l’intelligence paysanne est close, tout y devient tradition, c’est-à-dire routine. Tous les systèmes agricoles sont néanmoins susceptible de subir des modifications. Ils sont attaqués du dehors et les chocs qu’ils reçoivent peuvent aboutir à leur destruction ». Daniel Faucher, géographe, 1962.

La modernisation de l’agriculture dans la France d’après-guerre s’est faite à partir des recommandations du rapport Rueffe-Armand de 1960. Le rapport pointe du doigt les rendements insuffisants de l’agriculture française et précise :

  • l’archaïsme des structures parcellaires
  • et le manque de productivité

Il insiste enfin sur le progrès des rendements qui tendra à accentuer les contractions des effectifs de main d’œuvre agricole, rendant cette manne disponible pour le secteur industriel.

1946, création de l’INRA, institut national de la recherche agronomique.
Cet institut a les pleins pouvoirs pour le développement de la production de viande et sur l’agriculture. C’est au départ, très artisanal avec des chercheurs qui vont nourrir, soigner et étudier les bêtes eux-même.
C’est le modèle américain qui va orienter la recherche française. Dans ce modèle on regarde l’animal comme une machine vivante. Un animal dît de rente qui « crache » du profit à mesure qu’on lui distribue des aliments concentrés et industriels.

En 1965 est voté une loi de modernisation du marché de la viande (création des abattoirs modernes). C’est Edgar Faure qui est alors ministre de l’agriculture et sous lequel une nouvelle filière voit le jour :

– Le département d’amélioration génétique de l’INRA

C’est Jacques Poly qui en est directeur et comme pour les débuts de l’INRA, Le démarrage est modeste.
Pour effectuer sa mission de travail sur la sélection génétique chez l’animal il est nécessaire de suivre des étapes préliminaires. La première sera de récupérer du matériel génétique sous forme de sperme pour commencer le travail de sélection animale. C’est ensuite un long travail qui s’en suit où sera décidé quels spécimens de bœufs seront légitimes pour être utilisés dans les élevages français.
👉Cette simplification des races bovines apportera un appauvrissement génétique très important du cheptel bovin français.

C’est la notion de rendement dans la production de viande et de rationalisation qui oriente la recherche et dont les finalités apparaissent dans la chaîne de production.
Jean Bouchard dans la revue Geocarrefour indique que le décollage de la production de viande doit passer par une réflexion sur l’alimentation :
« Le jeune bovin doit prendre en moyenne 1200gr/J pendant 18 mois de tel manière à ce qu’il atteigne à cette âge son poids vif de 580kg ».
En 1980, ce sont 80% des veaux qui sont élevés de manière intensive. Le passage à la production intensive, là aussi s’accompagne d’une disparition relative des races locales.

D’après Edmond Quittet, inspecteur général de l’agriculture et grand instigateur de cette politique, 1 ou 2 races de bovins laitiers et 2 ou 3 races de bovins à viande suffisent largement au bonheur national.
Une réflexion suivie et supportée par tous les responsables publics de l’époque.
Aujourd’hui, les 6 races les plus nombreuses sont : l’Holstein, la Charolaise, la Limousine, la Monthéliarde, la Blonde d’Aquitaine et la Normande qui représentent 94% du cheptel français.

A partir de 1970, L’augmentation de la production de viande continue et  la ration de nourriture pour les porcs dépassent celle de la volaille.
La même année, Jacques Chaban Delmas établi un plan de « rationalisation porcine » « en offrant des subventions pour les éleveurs qui quitte la paille pour le hors-sol/caillebotis de métal ou de béton ».

Des choix ont été mis en place pour augmenter la production de viande avec la mise en place de ports pour accueillir des importations de maïs et de tourteaux. La culture du blé et de l’orge est remplacé par celle du maïs.

Retour sur le choix de la France d’investir dans la production de viande :

En cette fin des années 50 L’Europe des 6 est obligée d’importer à grand frais de la viande de États-Unis. Or, la France est en plein boom avec un surplus exportable de viande de 110.000 tonnes en 1959 à 200.000 tonnes en 1962, près d’un doublement de la production en trois ans. Les experts prévoit même d’atteindre 300.000 en 1965. Après une révolution industrielle, c’est une révolution agricole que les technocrates espèrent entraîner.
Grâce aux exportations de viande, la France dispose d’une manne financière qui lui permet de se développer en étant capable d’acheter le matériel industriel qu’il n’est toujours pas possible de fabriquer dans l’hexagone.
Dans le début des années 60 la viande représente 1 CA supérieur à celui d’EDF ou de la sidérurgie ou de la SNCF.

« Aux environs 70, La France doit disposer de circuits modernes, conforme à la logique et à la rentabilité des entreprises seul système en définitive digne d’une grande puissance industrielle ».

En 2007, la FAO (Food and Agriculture Organisation), organisme de l’ONU alertait sur le risque de disparition de 20% des races bovines , caprines, porcines, équines et avicoles du monde. Son sous-directeur général Alexandre Muller indiquait même : « La gestion avisée des ressources zoogénétiques n’a jamais été aussi cruciale. Le changement climatique et l’émergence de maladies du bétail virulentes soulignent la nécessité de préserver la capacité d’adapter nos systèmes de productions agricoles[…]le changement climatique indique que nous entamons une phase sans précédent d’incertitudes et de crises qui touchera tous les pays ».
-> une remarque qui souligne l’importance de la protection de la diversité comme un rempart face à la dégradation environnementale.

Jean Claude flamant entre à l’INRA en 1963 et travaillera au niveau du département de génétique animal puis sur la sélection des brebis à l’INRA de Toulouse.
En 2008, il fait le constat suivant(p.323) : « Des interrogations sérieuses se manifestent concernant la satisfaction des besoins alimentaires au cours des prochaines décennies face à l’augmentation de la population mondiale, tandis, que les ressources en énergie fossile à bas prix, qui ont permis la révolution agricole moderne – engrais, pesticides, motorisation-, ne seraient plus disponible à terme. Pour certains analystes, une telle situation conduit inéluctablement à une réduction drastique de notre consommation de viande et de lait afin de nous passer du coûteux transformateur animal. Nous devrions alors nous satisfaire d’une alimentation essentiellement végétale. Du même coup, on réaliserait une moindre contribution des ruminants à l’émission de gaz à effet de serre, ont évalué certains chercheurs. Des raisons pour que s’impose progressivement le régime alimentaire végétalien – céréales, fruits et légumes et du soja pour produire du lait et des protéines structurés à l’aide de procédés industriels – déjà pratiqué par certains ».

Quels sont les progrès engendrés par la méthode intensive ?

Si le coût environnemental de la production de viande en intensif est un élément important à envisager, constater aussi les progrès réalisés dans la production est important.

Le travail sur la sélection des poules par l’INRA permet de mettre au point la poule « vedette »basée sur une poule naine au départ. Elle permet, couplée à un coq normal, de retrouver une poule de taille normale mais qui mange 25% de moins tout en produisant 4% de poussins en plus et pour un coût de revient inférieur de 15%.
Pour les vaches laitières, la production d’après-guerre était de 2.000 litres par vaches, sur leur durée d’utilisation.
Elle est aujourd’hui passée a entre 8.000 à 12.000 litres (la production par vache laitière a été multipliée entre 4 et 6 fois entre la période d’après-guerre et aujourd’hui).

Concernant, spécifiquement la production de viande en 1950, il fallait 110 jours pour qu’un poulet fermier atteigne entre 1.3 à 1.5 Kg.
En 1978, c’est entre 50 et 56 jours qu’il faut à un poulet pour atteindre un poids moyen d’1,8 kg. De plus, le taux de mortalité passe de 20% à 3% et l’indice de consommation (nombre de kilo de nourriture d’alimentation nécessaire pour chaque kilo vif) est divisé par 2.
A savoir que l’on passe pour la volaille de 4.5kg de nourriture pour 1kg de viande à 2 pour 1. Pour le porc, entre 1960 et 1980, l’indice de conversion calories végétales pour une calorie animale passe de 5 à 3,47.

A une époque, il existait une saisonnalité de la volaille avec le représentant des différentes régions à différents moments de l’année. L’industrialisation à changer tout cela : «  on a d’abord contrôlé l’ambiance des bâtiments pour s’affranchir d’abord des femelles éleveuses, ensuite pour protéger les animaux des intempéries et des maladies, et afin de contrôler le rythme lumineux et désaisonnaliser la reproduction […]. L’abattage des animaux a été automatisé, permettant d’organiser dans un même atelier le traitement de prêt de 100.000 poulets par jour au lieu de quelques centaines que l’on pourrait plumer à la main ». 1979, Pierre Delpech, professeur de zootechnie à l’institut national agronomique à Paris-Grignon (INA PG).
« Le développement de la production d’œufs de consommation résulte de toute une série de découvertes et de mises au point technologiques. Elles concernent tous les domaines, de l’amélioration génétique au contrôle de l’environnement en passant par l’alimentation et la mécanisation. Progressivement on est passé de 100 œufs à plus de 250. » Delpech

La production de viande, un secteur stratégique

A cette époque de grands changements (année 1970) dans la production, des acteurs tentent de s’accaparer le marché. Dès 1971 Pfizer rachète le sélectionneur de poules Heisdorf & Nelson, en 1974 UpJohn est absorbé par Monsanto.
L’état à l’époque, dérangé par cette irruption, ne peut accepter le risque posé sur ce marché stratégique. La réponse de l’état ne se fait pas attendre, il créé l’ISA ou institut de sélection animale. Une co-entreprise avec le groupe pharmaceutique Mérieux, filiale de Rhone-Poulenc, entreprise privée et Limagrain, très proche de l’état et indirectement, du crédit agricole.

 

Le Pharma

Nourriture animale, antibio, medocs

Les conditions sanitaires dans les élevages intensifs, typiquement dans des hangars fermés, de par la densité d’animaux au mètre carré, nécessite, pour être possible, une artillerie médicamenteuse.
Cette artillerie se plie, s’il faut le préciser, au besoin de profit immédiat de l’industrie de la viande plutôt qu’à une vision sanitaire et médicale à long terme.
Le cahier des charges est clair :

  • Éviter quand existe une densité de 25 volailles au m² pour un hangar de 30.000 de voir une maladie apparaître obligeant à soigner tous les poulets.
  • Éviter qu’une fièvre porcine ne décime tout un cheptel en quelques jours
  • S’assurer de la bonne santé des petits lapins si fragiles, qui absorbent 7.5.% de antibio d’élevage pour 1% de la population. 63% de leur alimentation contienne des médicaments.

60% des médicaments vétérinaires sont destinés à l’élevage.

En 2006, c’était 650 millions d’Euros qui partaient en piqûres de vitamines, vaccins, hormones, antiparasites, produits topiques (médicament à usage local qui n’a pas vocation à passer dans le sang), insecticides, ectoparasisticides, endectocides et antibiotiques.

Assez rapidement, les éleveurs ont constaté que les antibio servaient d’hormone de croissance ou du moins, augmentait la production de viande.
Cela pose néanmoins des soucis, le premier étant le développement d’une biorésistance.
Dès 1969 en Grande-Bretagne, le comité Swann demandaient l’interdiction des antibiotiques comme facteur de croissance. L’OMS aussi en 1973 proposa de retirer certains antibio de l’usage vétérinaire intensif. Sur les années beaucoup de mise en garde ont été avancées mais aucune n’a été suivie.
En France, le tout premier contrôle sur les médicaments contenant des antibiotiques datent de 1999. La consommation européenne d’antibio cette année-là était de 4700 tonnes.
Actuellement, l’Europe est la seule à avoir officiellement stoppé l’usage des antibiotiques comme facteur de croissance. A l’opposé de ses concurrents, Les USA, la Chine, le Vietnam, l’Australie et le Brésil.
L’avantage de l’antibiotique en élevage est le rapport prix/rendement qu’il apporte. L’IFIP indiquait en 2001 (organisme parapublique créer par l’industrie porcine en 1960) qu’il n’y a pas d’équivalent.

En 1976, Charles Durbin, responsable vétérinaire à la FDA indique en 1960 « les médicaments et la chimie ont révolutionné l’agriculture au cours du 15 dernières années […]d’avantage d’hormones trouveront leur chemin dans l’alimentation animale de demain ». Il promet un avenir avec des enzymes nouvelles, des tranquillisants stimulateurs d’appétit dans tous les élevages.

L’exemple de l’œstrogène qui a des effets anabolisants illustre bien la position de monsieur Durbin, pour autant, les hormones sexuelles peuvent avoir des effets délétères sur la santé.
Le D.E.S. ou dyéthylstilbestrol  fut utilisé en 1938 en G.B. pour stopper les fausses couches (avec des résultats mitigés). Il a engendré une augmentation du taux de cancer du vagin chez les filles de mère ayant pris le médicament pendant leur grossesse. La mère aussi subit son lot de soucis avec la présence de cas de malformations utérines, une stérilité et des avortements spontanés tardifs.
-> l’hormone fut interdite
-> Pour autant, en 1980, 15% du bétail était encore chargé au DES.

Le veau aux hormones :

Le que choisir de juillet/aout 1973 : « de tous les élevages, c’est le veau qui est le plus trafiqué. C’est celui qui livre aux consommateurs les produits les plus dangereux[…], on peut dire que la quasi-totalité des veaux d’élevages intensifs sous la forme d’injections ou d’implants. Cela permet d’accroître la prise de poids, qui est normalement d’un kilo/jour à ainsi 2 et même 2.5 k/j […] comment expliquer que ces jeunes bêtes présentent déjà des pis ou des organes génitaux particulièrement développés ou même des caractéristiques du sexe opposé » P.135

Fait rare : En 1980, l’UFC que choisir décide de lancer un boycott sur le veau. En 15 jours une baisse de la consommation et donc l’achat de veau de l’ordre de 60 à 70% intervenait.

L’ESB, encéphalopathie spongiforme bovine ou maladie de la vache folle ou chez l’homme, la maladie de creutzfeld-Jakob, questionne en 1989 l’utilisation des farines animales avec l’interdiction de l’importation des farines britanniques pour les ruminants.

C’est l’INRA en France qui conseilla en 1997 les farines animales dans un soucis de coûts raisonnés : «  la composition de la ration alimentaire est dictée par le même principe de base, quelles que soient les espèces animales : Il s’agit de rechercher une combinaison d’aliments, dans les ressources disponibles qui satisfasse les besoins des animaux, avec le meilleur équilibre nutritionnel et au moindre coût ».

La crise de la vache folle fait baisser la consommation de bœuf de 40% en novembre 2000.
En 1999, on apprend que les farines animales peuvent être composées  de fiente (pour la nourriture des poulets et des porcs)
-> le 9 juin 1999, le Canard Enchaîné révèle que des entreprises d’équarrissage incorpore des résidus de fosses septiques aux farines destinées aux porcs et poulets.

La grippe aviaire H5N1

Elle part des poulets de Hong Kong et est transmise à 2 hommes. Une inquiétude de pandémie apparaît -> des mises à mort d’élevage de poulets sont opérées, pour autant, la contamination se répand quand même.

La Chine en 2005, c’est :

  • 1,2 milliard de chinois
  • 500 millions de porcs
  • 13 à 14 milliards de poulets

La production de viande en Thaïlande, Vietnam et Indonésie entre 1971 et 2001 a été multiplié par 8 (de 300.000 tonnes à 2,44 millions).

La FAO essayera de placer la cause de la contamination galopante sur les animaux de ferme et les oiseaux migrateurs.
-> 2005, Louise Fresco FAO « le poulet de basse-cour est le grand problème, et le combat contre la grippe aviaire doit se jouer dans les cours des pauvres du monde »
D’après elle donc, la transmission de la maladie dans les établissements concentrationnaires n’est pas un soucis… Il s’agit de saisir une opportunité pour essayer de placer chez ceux qui fonctionne encore en autarcie, un modèle économique agricole basé sur la dette.
-> Une étude de l’académie des sciences américaines (PNAS) effectuée de 2002 à 2005 montre que sur 13.000 oiseaux migrateurs testés, seul 6 étaient porteurs.
-> routes commerciales de l’élevage intensif serait-elle le chemin privilégie de transmission et/ou dissémination. Un point intéressant, le virus survit 35 jours dans la fiente.

Le sujet de la biorésistance

La surutilisation des antibiotiques amène ceux-ci à une baisse de leur efficacité et à une augmentation des morts pour les contaminés en l’absence d’autres traitements.
La pénicilline, antibiotique historique, en 1941 tuait à 99% le staphylocoque dorée. Aujourd’hui, 9/10 il ne fonctionne pas.
Le MRSA, Methicillin Resistant Staphylococcus Aureus, tuait en 2005 19.000 personnes aux USA, plus que le SIDA.
La présence de MRSA dans les élevages de porcs intensifs est importante. En Belgique, en 2007, un travail demandé par le ministre de la santé publique Rudy Demotte, indique que près de 68% de porcheries étudiées, une souche MSRA est présente chez les animaux. Cette même bactérie résistante se retrouve à 37.6% chez les éleveurs de porcs et les membres de leur famille.

Michel Pollan nous rappelait le 16 décembre 2007 dans le New York Times « 70% des antibiotiques sont utilisés dans les élevages industriels ».

Aux États-Unis, un gros élevage de poulets en 1945, c’était 500 poulets. Maintenant c’est entre 80.000 et 150.000.
Début 40 on utilise la pénicilline pour soigner les problèmes bactériens chez la volaille. Dès 1950, on se rend compte que les antibiotiques sont aussi un facteur de croissance.

L’OIE (organisation mondial de la santé animale), concède qu’il existe « des preuves claires des conséquences néfastes pour la santé humaine d’organismes résistants, découlant de l’utilisation d’antimicrobiens en dehors de la médecine humaine ».

Lobby de la Viande

InVivo,  société au 1800 collaborateurs et 3.6 milliards de CA, qui est sur le marché des pesticides et celui du stockage de céréales (1.245.000 tonnes de capacité).
L’avènement de la production industrielle de viande passe par le développement de nourriture animale. Typiquement des additifs comme le tourteau (restes d’aliments pressés mécaniquement dont il reste encore un peu d’huile). Ceux-ci seront pressés en brique et rajouter à l’alimentation animale. Ils permettent d’enrichir une alimentation pauvre, surtout en azote.
Le soja est déterminé comme un excellent additif mais à l’époque de son recensement (travail de Pierre Andouard inscrit dans livre « l’alimentation du bétail »1942) comme additif, le soja est encore trop cher.
En 1952, la France produisait 600.000 tonnes d’aliments composés (nombreuses céréales). En 1982, il s’agit de 15 millions de tonnes (x25).
Pour nourrir un animal, il faut des protéines, des aliments pleins d’énergie et des vitamines.
Les protéines sont trouvées dans les tissus végétaux, les racines et les feuilles apportent l’énergie.
Il y a une forte corrélation entre la croissance de l’animal et l’abondance d’acides aminés présents dans la nourriture.
Comme type de plantes permettant un apport protéagineux nous pouvons citer le pois, le lupin et le fèverole.  Des recherches ont démontré que dans les oléagineux (huiles) comme le colza et le tournesol, l’arachide ou le soja, des protéines végétales en de bonnes concentrations pouvaient en être extraite.

Cargill, une entreprise dont In Vivo a racheté la filiale au Brésil pèse 2 milliards d’euros et compte 2300 employés. Elle fait du raffinage d’huiles végétales, fabrique du chocolat et transforme la volaille. 80% de son soja sert à l’alimentation animale. 30 millions de tonnes équivalent tourteau, sont importés en Europe chaque année.

La Chine importe de plus en plus de tourteaux. En 1996 il s’agissait de 3 millions de tonnes, vingt ans plus tard, en 2016, il s’agit de 30 millions de tonnes. (ou x10 en 10 ans).

80% des protéines importés pour les rations animales viennent d’Amérique du sud.
Cette forte production sud-américaine nécessite une déforestation importante et amène trois notions clefs :

  • La notion d’accaparement des terres. Les exploitants agricoles dans leur besoin d’expansion, vont devoir raser des portions d’Amazonie, déplacer des tribus locales gênantes, nécessiter la construction de barrages pour fournir en eau leur exploitation.
  • Cette volonté d’expansion va aboutir à des tensions, des refus de quitter la terre et donc des arrestations abusives et la destruction de propriétés
  • Cet état de non-droit ou des mercenaires viennent délogés des habitants de leur terre à l’avantage de fonds d’investissement parfois non brésilien créer son lot d’abus sociaux dans cette création de misère, dans un état de non-droit type Far West. Viols & meurtres vont donc apparaître pour faire taire les voix dissidentes dans une logique où on profite des personnes sans défense en situation précaire.

Pour s’assurer de l’entrée de son maïs OGM en Argentine, Monsanto va se montrer agressif sur les tarifs. Il propose ses semences de Soja RR sans y apposer de brevetage et seulement au tiers du prix.
En 1970 il y avait 100.000 Ha de soja cultivé au Brésil.
En 2000 c’était 10 millions d’ha
En 2007 la surface grimpait de 6 millions d’ha pour atteindre 16 millions.

Le soja représente 60% des surfaces cultivées au Brésil. Et l’augmentation de sa culture vient en partie de l’arrêt de l’utilisation des farines animales en Europe. Car il a fallu trouver un substituant aux protéines animales.

En 1980, les exportations de soja venait à 90% des U.S. En 2003, la production associée de l’Argentine et du Brésil deviennent supérieur.

Un article du monde dérange le Brésil

Deux journalistes du Monde, Hubert Prolongeau et Béatrice Marie, écrivent un article intitulé « L’Amazonie, asphyxiée par le soja ».
L’article relate le déboisement agressif et les brûlis nécessaires pour augmenter les surfaces agricoles :
« Régulièrement, la police brésilienne fait une descente dans les grandes propriétés et en délivre des esclaves. On les a fait venir en leur promettant des salaires élevés. A leur arrivée dans la forêt, ils découvrent que leur paye a fondu. Des gardes leur interdisent de repartir. Les biens de première consommation leur sont fournis par le propriétaire. Ils s’endettent, et ne pourront jamais rembourser. « Ils étaient dans un état redoutable quand nous sommes arrivés », raconte un policier intervenu sur la ferme Vale do Rio Verde en 2005. Il n’y avait pas de sanitaires. Les ouvriers travaillaient pieds nus. Huit mille sept cents de ces esclaves ont été repérés dans les États producteurs de soja. En 2004, l’armée est intervenue dans 236 fermes utilisant 6 075 travailleurs, dont 127 enfants. Bunge, Cargill et Amaggi étaient en affaires avec elles. »

15 jours après cet article. Une rumeur évoque des tensions France-Brésil. L’ambassadeur du Brésil se serait plein de l’article (l’image du pays est à préserver).
Le gouverneur du mato grosso débarque à Paris pour une opération de communication de grande envergure.
L’institut du développement durable et des relations internationales créé par Laurence Tubiana, conseillère alors du premier ministre Lionel Jospin invite Blairo Borges Maggi, gouverneur du Mato Grosso (région de brésil ou la culture du soja est très importante) et propriétaire de l’usine Amaggi (l’une des plus grosses productrices de soja au monde) a une conférence.
5 jours après, le monde publie une lettre de la transnationale Cargill (entreprise très implanté au Brésil) dans laquelle elle conteste toutes les accusations de l’article d’Hubert Prolongeau et Béatrice Marie.
Le monde publie cette lettre mais n’y répondra pas.

Cette petite histoire montre l’importance de l’industrie de la viande et ce qui s’y rapporte, l’alimentation. Un grand journal Français a dans ces conditions juste la liberté de se taire et de coopérer.

Pour autant ce soja et cette déforestation servent les désirs de produits animaliers du français :

  • 92 kilos de viande manger en moyenne par chaque français par an
  • 250 œufs
  • Plus d’une centaine de kilos de produits laitiers
  • Un français moyen nécessite donc 458 mètres carré de soja par an
  • La France réceptionnait 22% du soja exporté en 2009. Elle est donc en première ligne des responsables de la déforestation.
  • Au soja il faut maintenant rajouter, la culture du maïs pour les agrocarburants.

La production de soja a un autre effet encore. Elle déplace les élevages de bétails nomades vers la forêt.
En 2004, en France 98% du soja importé par Cargill Food France était racheté par McDonalds comme nourriture en priorité pour les élevages de poulets (pour les Nuggets) pour un chiffre d’affaires de 90 millions d’Euros.

Si le mélange Soja/Maïs semble inévitable pour l’intensif, Philippe Desbrosses, pionnier de l’agriculture biologique, expliquait à « terres sauvages » en février 2008, les propriétés incroyables du lupin :

  • Il fixe l’azote de l’air dans le sol et cultivé le blé ou le maïs après une culture de Lupin donne d’excellent rendement (En Hongrie, dans les années 60, le rendement pour le maïs était de 80 quintaux à l’hectare sans engrais).
  • Il a une action phytosanitaire contre les nuisibles de par son amertume.

Évidemment un concurrent aussi déplaisant ne plaît pas à l’industrie du soja et ce, même quand les études sont financées et validées par la commission européenne. « le lobby du soja est suffisamment implémenté à Bruxelles pour être en mesure de freiner, voire bloquer les dossiers protéines et ainsi en décourager les utilisateurs de lupin[…]contrairement à ce qu’on nous raconte, il existe de nombreuses sources de protéines inexploitées, pour ne pas dire « torpillées ». C’est ainsi que la plupart des acteurs de l’aventure lupin ont été ruiné ou ont ,tout simplement, disparu » Desbrosses.

Le grand ébranlement

C’est la chaîne d’abattoir de Chicago qui a inspirer Henry Ford pour la fameuse mise en place de ligne de production pour la Ford T.

« La zootechnie est la science de la production et de l’exploitation des machines vivantes » André Sanson né en 1826
« Ce sont des machines à transformation obéissante aux règles de la mécanique générale, de la physique et de la chimie et soumise aux lois économiques » Pau Diffloth né en 1873.

Le commerce de la viande commence après la guerre de sécession aux U.S., à la veille de la première guerre mondiale.
5 compagnies géantes contrôlent la moitié de l’industrie aux États-Unis. Une enquête gouvernementale indique qu’ils se concertent pour fixer le prix de la viande au mépris du Sherman Anti-trust Act.
En 1903, la cour suprême publie un ordre – une injonction- pour arrêter cette pratique. Mais trois groupes, Armour, Murra et Swift passe outre et créé la « national packing company » qui sera appelé le plus grand trust du monde par la presse. Il sera dissout en 1913 avant de renaître avec des partenaires sud-africains et britannique.
Dès la fin de la première guerre mondiale, le lobby de la viande contrôle une part majeure de l’économie américaine, avec des milliards de dollars répartis dans différents secteurs dont les banques.

2 institutions du lobby français

CIV : comité d’information des viandes
IFN : Institut français de la nutrition

2  organisations qui sont des chefs d’œuvre de désintéressement.
Le CIV produit de l’information en rapport à la viande et l’IFN favorise la concertation entre les milieux scientifique et professionnel de l’agroalimentaire.

L’IFN intervient en organisant, conférences, colloques, publications et soutiens à la recherche.
Tout cela avant tout pour le bien commun et un peu pour l’agroalimentaire et le marché de la viande.
Un autre, le CIC (Comité d’information pour la charcuterie) qui est un mixe entre le CIV et l’IFN mais pour la charcuterie.

Un phénomène qui existait déjà à l’époque, celui des portes tournantes qui est bien illustré par madame France Bellisle. C’est une personne qui avait un poste à responsabilité  à l’IFN mais qui avait avant travaillé pour le gouvernement (INSERM, CNRS, INRA). De par son parcours elle est devenu ce qu’on peut appeler une mercenaire scientifique.
Elle a travaillé avec Coca-Cola et a pour fonction de créer, image, cadre, événement dont le rôle est de dépeindre un environnement propice aux produits de ses sponsors.

Production de la France en 2007 :

5.023.400 bœufs, taurillons, génisses, vaches, veaux.

6.073.300 Agneaux, brebis, béliers, Chèvres.

25.600.000 Porcs

917.600.000 Poulets, pintades, Dindes, Canards, Oies.

39.500.000 Lapins.

48.800.000 Cailles.

3.400.000 Pigeons

19800 tonnes de foies gras produits.

En tout c’est un 1.046.562.800 d’animaux qui sont tués en France, dans les abattoirs contrôlés en 2007.
Un chiffre dans la moyenne de la production nationale.