Aliments Irradiés – Quels risques portent cette technologie ?

Ouvrage effectué sous la direction du collectif Français contre l’irradiation des aliments.

Élément de réflexion du Livre :

L’irradiation des aliments est officiellement une technologie idéale au service de la sécurité sanitaire mondiale permettant d’éliminer des pathogènes responsables de millions d’infections d’origine alimentaire, en partie mortelles. Ce serait une alternative aux produits de la chimie industrielle pour la conservation.

Ce qui dérange, c’est que ce serait une technologie multi-usages :

  • conservation,
  • décontamination,
  • ralentissement du mûrissement,
  • inhibition de la germination

servant à merveille les intérêts des multinationales. Elle a pour elle de permettre une gestion du risque calibrées pour la production et la commercialisation industrielle de masse à l’échelle mondiale.
-> Cela en fait un outil de domination économique stratégique.

L’irradiation des aliments c’est un instrument :

  • méconnu de la mondialisation des échanges agroalimentaires.
  • Fortement encouragé par le « lobbying » nucléaire.
  • qui constitue Risques sanitaires, environnementaux, et sociaux économiques (économie locale)
  • posant des risques pour la santé : perte de vitamines, perturbations génétiques et promotion de tumeurs cancéreuses.
  • posant des risques liés au fonctionnement d’installation et transport de matière nucléaire.

Avant de commencer :

Sigle à connaître :

  • AFSSA : Agence française de sécurité sanitaire des aliments
  • AIEA : Agence internationale de l’énergie Atomique (IAEA en anglais)
  • CSAH : comité scientifique de l’alimentation humaine (SCF en anglais)
  • FAO : food & safety authority
  • EFSA : European food and safety authority

Technologie d’irradiation des aliments :

Un aliment peut être irradié par trois types de rayonnement :

  • Rayons gamma (rayons de photon) émis par du cobalt 60 ou du césium 137 (Le plus utilisé car disposant d’une action plus pénétrante et relativement homogène. Il permet de traiter les aliments par palettes entières, déjà conditionnés dans leurs emballages).
  • Photons X (peu rentable).
  • Électrons accélérés (pénétration plus limité donc moins rentable).

Le bombardement par des rayonnements de haute énergie provoque :

  • Soit l’éjection d’électrons entourant les atomes. Ceux-ci perdent leur neutralité et se chargent électriquement, ils deviennent des ions.
  • Soit la rupture de liaisons moléculaires, ce qui fabrique des radicaux libres. Ces radicaux libres sont instables et vont se combiner pour faire d’autre molécules, ce sont les produits de l’électrolyse.

L’éradication des germes et parasites dépend de la dose (exprimé en KGy) absorbée, de même que l’inhibition des processus biologiques de l’aliment :

  • 0,1 KGy blocage de la germination
  • 1 KGy destruction des insectes
  • 1 à 3 KGy ralentissement du mûrissement
  • 3 à 6 KGy destruction de parasites (trichnose toxoplasmose)
  • <10 KGy destruction de bactérie non sporulées
  • 25 à 50 KGy destruction des bactéries sporulées[1] (botulisme[2]), toxines et virus. Tous ces micro-organismes sont donc résistants aux doses légalement autorisées ( <10 kGy dans l’union). Des doses plus élevées (10 à 50) sont utilisées pour la stérilisation (et non la conservation) des aliments (repas destinés aux patients immunodéprimés par exemple).

Il faudrait un traitement d’au moins 100 KGy pour détruire les prions, protéines responsables du virus ESB.

On peut admettre qu’avec les écarts de réglages les doses moyennes varient entre 5 et 15 gray (Gy : unité de dose absorbé. Le rad, l’ancienne unité de mesure, est la même mesure 100 fois plus petite).

Conséquence pour l’aliment :

  • Altération de leur qualité nutritionnelle vitale par la destruction de vitamines (E, C, A, K et B), d’enzymes, par l’altération irréversible du noyau cellulaire et des protéines.
  • Formation d’une grande diversité de produits de radiolyse dont certains connus comme étant toxiques (ACB, alcycyclobutanones par rupture de triglycérides). Sans compter que les aliments contenant du PCB (nombreux du fait de son ubiquité) sont soumis à un problème supplémentaire. Ceux-ci étant extrêmement réactifs aux radiations, même au taux internationalement admis.
  • Ce procédé permet de conserver l’aspect du frais alors que le produit n’est plus vivant (germination stoppée micro-organismes détruits…). Si l’étiquetage n’indique pas l’irradiation (souvent le cas), le consommateur pense manger du frais quand il achète à la place un produit altéré sur les plans nutritionnel et toxicologique.

Donc nous n’avons pas d’outils fiables de contrôle de cette technologie, et comme c’est souvent le cas, pas de recul au niveau toxicologie.

Elle offre de plus de nouvelles opportunités de manipulations de cargaisons avariées. L’irradiation permet de récupérer des stocks contaminés/avariés par des germes, de les stériliser pour les revendre.
Elle inclue aussi le risque de développement d’organismes radio-résistants se retrouvant ainsi sans prédateur.
-> Le cas de la noix de coco exemplifie bien ce problème. Dans son cas, l’irradiation aux rayons gamma décime bien les champignons qui altèrent le goût de la noix, mais ne tue pas les bactéries à l’origine de la rancidité.
De plus, les emballages des aliments réagissent aussi à cette ionisation. L’irradiation induit des réactions chimiques pouvant aboutir à une migration d’éléments présents dans la composition du plastique vers les aliments, modifiant plausiblement leur valeur nutritive et toxicologique.

En France il y a 6 installations, quatre aux cobalts 60 et deux accélérateurs à particule. Cette méthode se répand vite et dans beaucoup de pays, permettant à des pays émergents (Chine, Inde, et surtout des plus petits) d’augmenter leurs exportations en rejoignant les normes sanitaires européennes.
-> Ce qui est une bonne et une mauvaise chose, car l’irradiation n’est pas censée suppléer aux conditions d’hygiène défaillantes des productions alimentaires.

Législation française :

La législation française autour de l’irradiation, mettant en application les directives cadre 1999/2/CE et d’application 1999/3/CE du parlement européen et du conseil du 22 février 1999 a autorisée par l’arrêté du 20 août 2002 relatif aux denrées alimentaires une liste de produits irradiés en sus de la liste européenne.
La législation européenne au travers des directives cadre 1999/2/CE et 1999/3/CE du parlement et du conseil européen du 22 février 1999, précise les techniques misent en œuvre du procédé.
Entre autres l’obligation d’étiquetage des denrées irradiées et les conditions d’autorisation d’irradiation des denrées alimentaires.
Une liste provisoire est arrêtée, elle autorise la commercialisation d’herbes aromatiques, d’épices, de condiments alimentaires irradiés…. [3].
Les produits (conditionnés ou en vrac) doivent porter la mention « traité par ionisation » ou « traité par rayonnement ionisant ».

L’idée de ioniser des aliments vient du début 1900 avec F. Minsch. Marie Curie décrit trois types de rayonnement : alpha, beta et gamma.

Les différents types de conservation :

Les effets sur les aliments sont variés. Certains dégradent les qualités nutritives et organoleptiques [4] là ou d’autres peuvent induire des risques de toxicité.

On peut

  • Par la chaleur, pasteurisation. Température de 72,85 degrés de 5 à 20 secondes ou 63 degrés pendant 30 min (basse pasteurisation). Détruit la totalité des agents pathogènes que pourrait se développer sur l’aliment pendant son stockage. Généralement on obtient des conditions de conservation limitée et il y a après une nécessité de stockage dans des conditions particulières (froid).
  • Par la chaleur, Stérilisation/Appertisation. Température de 115 degrés pendant 20 min ayant pour but de détruire toute vie microbienne. Les conserves sont stérilisées, l’emballage est nécessairement étanche, il y a une date de consommation.
  • Par la chaleur, UHT (ultra haute). Entre 135 et 150 degrés voir 220 pendant une à 5 secondes. Le produit est ensuite emballé aseptiquement. Réservé à la production industrielle.
  • Par le froid, réfrigération. Entre 0 et 4 degrés. Conserve à court et moyen terme.
  • Par le froid, congélation lente ou rapide. Lente formation de grand cristaux. On l’utilise surtout pour le vrac au niveau industriel. La vente des aliments est permise décongelée si cela est mentionné.
    Pour le rapide, on congèle à -100 degrés, cela créé une formation de petit cristaux qui ne détériorent pas l’aliment.
    Les aliments surgelés sont forcément dans un préemballage. Il y a l’indication du lot et la d’utilisation optimum (DLUO) ou d’une date limite. La conservation est d’en général trois mois.
  • Par déshydratation : concentration (consiste à augmenter la masse d’un produit par unité de volume. Il peut être réalisé par déshydratation partielle), séchage (consiste à enlever l’excès d’humidité par évaporation de l’eau, on obtient des produits alimentaires dits secs. Lyophilisation (technique qui consiste à congeler un aliment puis à le soumettre au vide ; l’eau passe ainsi directement de l’état de solide à celui de vapeur, c’est la sublimation de la glace. Déshydratation (séchage à chaud). Fumage (goût couleur et effet anti microbien, conservation par le sel (rend inactive l’eau, Le salage et le fumage s’utilise souvent ensemble).
  • Par l’usage d’additifs alimentaires : conservateurs minéraux ou organiques dont la nocivité de certains vient de leur dégradation sur la chaîne digestive. D’autres le sont intrinsèquement.
  • par des procédés biologiques Fermentation lactique, bio-préservation.
  • Par un conditionnement sous atmosphère protectrice (pauvre en O²), Sous vide, par microfiltration des micro-organismes.
  • Par la technique dite « haute pression » (on soumet l’aliment à une haute pression pour tuer les micro-organismes, on l’appelle cette technique la pascalisation. Elle est jugée comme trop chère).

Conclusion

Le marché de la conservation, la technologie d’irradiation et ses limites ont été évoquées. Les points seulement effleurés sont l’historique du rôle de l’irradiation dans la mondialisation des produits alimentaires.
De ce qu’on peut en voir, L’irradiation se rajoute à la longue chaîne des éléments qui contribue à la dégradation de l’offre alimentaire. Elle rentre dans le domaine de la pollution dite invisible.
-> Celle qui s’accumule lentement, qui n’est pas mesurée ou qui a tort est considérée bénigne en dessous d’un seuil.

Le livre est une suite d’articles plus ou moins long sélectionnés ou créés pour l’occasion qui explorent l’agro-alimentaire en incluant la problématique de façon directe ou indirecte de l’irradiation.
Le texte qui suit, tiré du livre, est assez emblématique de la mentalité de profit permise par cette technologie. Il recentre le débat de façon pertinente et clôture la fiche sur ce livre.

Du complexe agro-industriel à l’irradiation des aliments.

Par Jean pierre Berlan

Il y a deux générations, le paysan élevait ses chevaux de trait, les nourrissait avec son avoine, fertilisait ses champs avec leur fumier, semait le grain qu’il récoltait, produisait ce qu’il mangeait, nourrissait ses compatriotes et cachait ses économies sous son matelas.
Avec sa ligne de crédit à la « banque verte ». L’exploitant achète aujourd’hui ses chevaux à john Deere, son avoine à Total, ses engrais à AZF, ses semences et biocides à Monsanto et sa nourriture à Casino.
Sachant à quoi s’en tenir, il préfère toutefois les légumes de son potager bio. Simple rouage d’un système qui transforme les pesticides en pain Jacquet et dont le but est de produire des profits quelqu’un soit les coûts humains ou environnementaux, ce technoserf que l’état a habilement chargé du recel des subventions destinées en réalité aux industriels se présente toujours comme paysan. Pourtant, conception et exécution sont séparées, le travail est en miettes, le contrôle est d’autant plus totalitaire que le technoserf endetté travaille sous contrat « librement » signé qui lui donne la liberté d’être son propre maître. Quant aux filières de production elles exigent la spécialisation, la standardisation, la normalisation, l’homogénéité des procédures et des marchandises. Et au bout de ces filières, le « con, sot, mateur » choisit « librement » le supermarché où il promène son caddy pour y choisir librement entre le pareil et le même. Quand, la vraie liberté, celle d’être ailleurs, lui est déniée.
La production de marchandises industrielles aussi homogènes et stables que des canettes de Coca-Cola butte toutefois sur la difficulté quand il s’agit de produits vivants ou obtenus par des processus vivants. Qui dit vie, dit diversité, changement, et bien sûr, corruption possible. Jusqu’ici, ce problème a été résolu par les machines, engrais, agrotoxiques etc. appliqués à des variétés homogènes (toutes les plantes sont les mêmes) et stables ( elles restent identiques d’une génération à la suivante), c’est-à-dire à des clones. Quant aux industries alimentaires, elles liquident l’hétérogénéité résiduelle de ces marchandises agricoles en les dénaturant pour éliminer ce qui restait de diversité et de vie, pour reconstruire des marchandises industrielles, parfaitement homogènes et stables, à coup de colorants, d’agents de sapidités [5], de texture, de conservateurs et autres additifs alimentaires (parfait pour des aliments de médiocre qualité. NDLR). Elles remplacent ainsi les risques d’intoxication aiguë dont la cause est immédiatement identifiable par un long empoisonnement invisible, chimique, chronique, à long terme, qui permet aux responsables de dormir tranquilles en incriminant d’obscures maladies de civilisation en plein essor.

La mondialisation de la production et des échanges rend maintenant ces moyens insuffisants. La monoculture monoclonale mondialisée exacerbe les déséquilibres écologiques généraux des sols, des eaux, de l’air, des êtres humains. D’où le recours aux soi-disant OGM, c’est-à-dire à des clones (rien a changé) chimériques brevetés qui intègrent les pesticides à la plante. Il s’agit de changer subrepticement le statut des pesticides : des poisons qu’il faut éviter de faire entrer dans la chaîne alimentaire, ils en deviennent des constituants.

Quant aux filières, la mondialisation les allonge encore car elles s’approvisionnent de plus en plus loin, là où le prix est le plus bas. Chaque agent, concurrence oblige, maximise ses profits en se tenant au plus près des normes minimales, quand ils ne cherchent pas à les transgresser. La marchandise finale déjà frelatée est à la merci d’une erreur, d’une fausse manœuvre, d’un sabotage ou d’une escroquerie. L’insécurité alimentaire croit en particulier pour les produits frais. L’irradiation des aliments apparaît alors à ces agents comme une panacée : supprimant les risques d’intoxications aiguës, elle dégage la responsabilité des industriels ; elle prolonge la durée de vente des produits ; elle permet de supprimer les contrôles coûteux tout au long des filières ; elle rend possible l’utilisation d’ingrédients de qualité microbiologique médiocre puisque de toute façon, tout ce qui vit sera tué.

Dans ce monde qui adore le veau d’or, l’irradiation a un bel avenir.

Publié dans campagne solidaire numéro 221 septembre 2007.

[1] Qui se reproduit par spore.

[2] Intoxication grave, due à la toxine de Clostridium botulinum, produite par l’ingestion de charcuteries et de conserves avariées.

[3] Chercher soi-même pour une liste des produits autorisés en Europe puis en sus, en France.

[4] Propriétés organoleptiques, propriétés par lesquelles les corps agissent sur les sens et les autres organes.

[5] Goût, saveur

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