Suite au visionnage du reportage France deux du 7 novembre 2013 et de la lecture du rapport de Green Warrior Norway intitulé « Rapport sur l’impact environnemental de l’élevage du saumon en Norvège« . Il apparait que proposé un condensé, propre à permettre de saisir en cinq minutes la problématique n’est pas de trop. Vous verrez qu’il n’y a pas de réelle surprise dans le commerce du saumon de Norvège. Conflits d’intérêts, désastres écologiques et sanitaires, enrichissements, dissimulations, pressions sur chercheurs dissidents, tout y est.

Bien que l’article se concentre sur le saumon, à juste titre car il correspond à 80% de la production Norvégienne. Les conditions d’élevage intensives et les problèmes qui en découlent s’appliquent  aussi aux autres productions aquacoles du pays, à savoir la truite arc-en-ciel et le cabillaud, deux autres poissons gras.

Le saumon en France

En France, la consommation de poisson a du succès, puisque nous en mangeons 27 kilos par personne et par an. C’est deux fois plus qu’il y a cinquante ans et supérieur à la consommation de viande de bœuf ou de poulet. En Norvège, le poisson d’élevage représente un chiffre d’affaires de 4 milliards d’euros, c’est la deuxième ressource après le pétrole. La France, premier consommateur de saumon européen, consomme un saumon à 70% norvégiens.

Les fermes aquacoles

Il y a 311 millions de poissons en élevage en Norvège. Une ferme aquacole classique contient en moyenne 2 millions de saumons. Chaque année, ce ne sont pas moins de 4 à cinq millions de saumons « mutants » qui s’évadent des fermes, pour une population sauvage de 831 000.

Les déchets engendrés par l’élevage (déjections et déchets alimentaires) équivalent à deux fois la population norvégienne et sont équivalents à ceux du porc en Bretagne. C’est trop et on assiste à une eutrophisation du fond des fjords. De plus, 7 % en moyenne de cette nourriture n’est pas consommée par les poissons d’élevage mais par les poissons sauvages environnants. Ce qui est un problème sérieux, nous le verrons par la suite. Le cabillaud disparait systématiquement des fjords où l’aquaculture de saumons s’installe.
Le norvégien Kurt Oddekalv, leader des green Warriors, possède un sous-marin robot, qui lui permet de filmer le fond des fjords où se pratique des élevages. Le résultat est accablant. Ce n’est pas moins de 15 mètres de sédiments, composés de fientes de restes de croquettes, bien chargés en pesticides (dont certains  utilisés pour gazer les soldats pendant la  seconde guerre).

Comme pour les élevages intensifs de porcs ou de poulets, La forte promiscuité des saumons créée des problèmes de bactéries, de parasites et de maladies.  Elle oblige l’utilisation d’antibiotiques, mais pas seulement, de vaccins aussi, ayant la bonne idée de provoquer des péritonites. Mais là où le saumon tire son épingle du jeu, c’est grâce à l’apparition d’un parasite.

Le pou de mer

Le Pou de mer. Ce petit être est un parasite de la famille des copépodes. Il se colle à la peau du poisson d’élevage et représente l’équivalent de l’herbe à cochon pour les OGM en termes de nuisance. Pour lutter contre, des pesticides de plus en plus agressifs sont utilisés. La solution en date est de la famille des flubenzurons. Ce pesticide, recommandé pour le poisson d’élevage en Norvège, est épandu à la surface des filets d’élevage. Sans s’attarder de l’efficience/dispersion d’une telle méthode, il convient tout de même de parler de ses effets collatéraux assez importants. Dans une ferme classique, on constate une mortalité de 200 à 300 saumons par jour pendant une semaine, ainsi que la mort de tous les poissons vivant à proximité de la ferme aquatique. Dit autrement, est déversé, pour gérer le problème de parasite dû à la surpopulation, un poison mortel pour la mer et ses habitants.
Bien que les saumons et cabillauds y survivent, ils ne s’en sortent pas indemne pour autant. On constate des mutations chez ces deux poissons. Le cabillaud devient obèse et sa bouche se déforme et perd sa capacité à se fermer. Si chez le saumon, les changements sont moins spectaculaire, le résultat est tout aussi dramatique. La queue se rétrécit, les branchies sont exposés.  La chair, très grasse, devient très cassante. Ces changements physiques permettent d’imaginer les perturbations subit par l’organisme et les conséquences sur la santé pour ceux qui en consomme la chair.
Il faudrait huit générations dans un environnement sain pour que ces tares, devenues génétiques, régressent et finalement disparaissent.

Le diflubenzuron, le pesticide utilisé en pleine mer, reste en petite quantité dans la chair de saumon. Il est donc ingéré par le consommateur. Si celui-ci n’est pas cancérogène en soi, sa dégradation lors de sa digestion, donne un métabolite cancérogène, le parachloroaniline. Il n’est pas autorisé à la consommation en France.

La nourriture du saumon

Le déversement de pesticide dans les filets d’élevage n’est pas la cause première de toxicité et de mutations des poissons. D’après le chercheur Jérôme Ruzzin, un chercheur français travaillant en Norvège, le problème se situe avant tout dans leur alimentation. Celle-ci est composé de poissons fraichement péchés dont 20% viennent de la mer Baltique. La mer Baltique est une des mers les plus polluées du monde pour deux raisons. La première c’est que neuf pays industrialisés déversent dedans. Dont les usines de papier suédois, connues pour être à l’origine des problèmes de dioxine, un poison persistant extrêmement toxique pour l’homme (cancer, perturbation du système endocrinien). La seconde est que la mer Baltique est une mer quasiment fermée. Ce qui fait que le brassage de son eau est réduit. La conséquence est évidente, on retrouve dans la chair de ces poissons, nombre de polluants organiques hautement toxiques. Et c’est d’ailleurs pour cela que ce poisson jugé impropre à la consommation humaine, se retrouvent recyclé en croquettes pour poissons d’élevage.

Il faut 1 kilogramme de croquette poisson sauvage pour faire 228 grammes de chair de poisson. La nourriture est composée d’huile de poisson, de poudre de poisson et d’un antioxydant. Celui-ci évite que l’huile ne rancisse trop vite et permet donc de garantir ses qualités nutritives. L’antioxydant utilisé est l’ethoxyquine.

Ethoxyquine

L’éthoxyquine est un pesticide produit dans les années cinquante par Monsanto. Son utilisation, réglementée, s’applique normalement sur les fruits et légumes. La découverte de sa présence est dû au service de répression des fraudes de Genève.
Il y a deux ans, testant au hasard pour la présence de pesticides, leur service tombe sur des taux d’ethoxyquine très élevés dans le poisson d’élevage (biologique ou non). Des taux 10 à 20 fois plus élevés que la norme de référence. Et là encore, il existe une autre anomalie. Si il y a un taux maximum pour la viande de bœuf et le poulet voir, le kangourou, il n’y a rien pour le poisson. De plus aucune études n’a été faite sur sa toxicité sur l’homme, que ce soit sur le fœtus ou la santé reproductive. En d’autres termes, si il y a un taux de résidu maximum existant, il n’est pas le fait d’études sur ses conséquences sur la santé humaine.
Il existe pourtant une étude valide sur cette substance (une seule). On la doit à une chercheuse norvégienne Victoria Bohne. Elle a fait cette étude alors qu’elle était chercheuse au NIFES un institut de recherche d’état norvégien.

Deux effets sont à retenir concernant cette substance :
– Elle traverse la barrière hémato-encéphalique ( Une barrière conçue pour être inviolable envers les corps étrangers).
– Elle est cancérigène.

Il faut maintenant mettre en avant deux points importants pour réellement appréhender l’enjeu sanitaire que représente ses polluants. Deux termes pour cela, persistance et bio accumulation. Le premier renvoi au produit que le corps n’est pas capable de dégrader et qui sont, par leur atome de chlore, lipophile et donc stockés dans la graisse. Le deuxième découle du premier, car si l’on admet qu’en mangeant du poisson pollué on stocke des polluants dans nos graisses, on doit admettre que plus on va en manger et plus notre graisse va se charger en ses polluants. Il ne reste plus qu’a rappeler les règles de la chaine alimentaire pour comprendre que plus on est haut dans celle-ci et plus on va hériter des stocks accumulés par ceux en bas de la chaine alimentaire. Dans le cas du saumon d’élevage, nourrit aux croquettes nocives, il va accumuler des résidus chimiques ainsi que des pesticides, dans sa chair, sur toute sa vie en élevage avant de nous les restituer en tranche fumé ou en darne.

Ces résultats sont confirmés par Jérôme Ruzzin. Il a mis en évidence une concentration de polluants persistants chez le saumon d’élevage beaucoup plus importante que dans les produits de consommation courante.

 

 

Traduction de gauche à droite : Hamburger, lait entier, œuf, pomme, patate, cabillaud sauvage, Saumon d’élevage.

« Il était temps. La Russie avait stoppé toute importation de saumon norvégien en 2006 et des chercheurs américains avaient déjà prévenu qu’il ne fallait pas manger de saumon norvégien d’élevage plus de trois fois par an. » Rue89

Bien sur ce graphique est à prendre avec les précautions d’usage. Dans le sens ou la comparaison aurait du être faite avec différentes méthodes d’élevages marines et terrestres. Les catégories de comparaison ainsi que les polluants choisis et testés sont aussi des points sensibles dans l’interprétation de ce graphique. Une chose est sûr, c’est qu’après avoir découvert ces résultats, monsieur Ruzzin a totalement arrêté le poisson d’élevage.

Il reste un dernier point à étudier. Qui permet  ces aberrations et pourquoi ? Comment de tels produits peuvent-ils être autorisés dans l’élevage de saumon ? Qui en tire des bénéfices?

Il est temps de s’intéresser au lobbying du saumon.

Lobbying Aquacole

Et cela passe nécessairement par la connaissance de madame Lisbeth Berg-Hansen, ministre de la pèche Norvégienne.

Elle est responsable des normes sanitaires et des organismes les contrôlant ainsi que de centres de recherches sur les produits de la mer. Elle est à une position stratégique pour influer sur l’industrie de l’élevage de saumon. Ce qui ne l’empèche pas d’être dans une position de conflit d’intérêt.

Avant d’être nommé ministre en 2009, madame Berg-Hansen a travaillé pour l’industrie aquacole. Notamment comme présidente du comité de la « Norwegian seafood Fondation » mais aussi  en tant que membre du comité de la Sinkaberg-Hansen A.S. (une autre entreprise aquacole. A.S. veut dire AskjeSelskap : Askje=action, Selskap=compagnie c’est l’équivalent d’une SARL française) dont elle possède des parts. Elle faisait encore partie de comité directeur 1 mois après sa nomination au ministère de la pèche et des affaires côtières. Elle possède aussi 88,89% de JMJ invest AS. Une entreprise familiale, qui possède 10,71% de Sinkaberg-Hansen A.S. .

Plus clairement, Madame Berg-Hansen à plusieurs millions d’investis dans l’aquaculture et cela la rendue millionnaire. Elle n’est pas seule dans ce cas. Le ministre de l’agriculture a aussi des parts Chez Sinkaberg-Hansen A.S. avec son frère ainsi que le ministère du commerce et de l’industrie lui-même qui possède 43,54% du géant de l’aquaculture Cermaq ( chiffre d’affaires, 1md d’euros).

Dès que sinkaberg-Hansen est pris à partie où qu’il s’agisse de réguler l’aquaculture il y a un clair conflit d’intérêt avec madame Berg-Hansen. Mais pas seulement. Au vu des quelques cas présentés, on comprend que plus qu’une histoire de conflit d’intérêt il s’agit de veritables rapports partenaires qui existent entre le gouvernement et l’aquaculture. Lorsque des intérêts privées se mêlent aux politiques publiques, c’est la loi du profit qui prend le pas et ce, toujours sur le bien être de la population.

Deux articles de rue89 indique les répercussions internationales que cela peut engendrer.

Si l’avis du site internet des exportateurs norvégiens de saumon en vend une image somptueuse :

« Les médecins et scientifiques du monde entier s’accordent à dire qu’il faut manger plus de saumons et d’autres poissons gras, car ils sont bons pour le cœur, la circulation et la lutte contre certaines maladies inflammatoires, voire contre certains cancers.

De plus, le poisson gras renforce la santé mentale, les acides gras contenus dans l’huile sont essentiels pour le développement du cerveau et ont un effet bénéfique sur la dépression, la schizophrénie, la maladie d’Alzheimer et certaines formes d’hyperactivité. »

Si il est sûr que la consommation de Saumon sauvage a ses vertues, Le saumon d’élevage norvégien ne peut se permettre ces distinctions. D’ailleurs le gouvernement Norvégien ne recommande plus aux jeunes et aux femmes enceintes de manger de ce saumon plus de deux fois par semaine. Un aveu à demi-mot de la toxicité du produit concéder grâce à l’effort populaire et entre autre le site www.vg.no.

Même si il a dû céder du terrain chez lui ce gouvernement ne souhaite pas que cela freine les exportations, le marché français représente 15% des exportations et il est hors de question que cela change.

En l’état actuel madame Lisbeth Berg-Hansen arrive encore à rassurer et convaincre de l’innocuité de son saumon. Il faut dire qu’elle à toutes cartes en main pour cela. C’est elle qui nomme les trois directeurs des services publiques responsables des normes et de la recherche sur le saumon.

 

 

Références :

http://rue89.nouvelobs.com/rue89-planete/2013/06/19/norvege-reconnait-saumon-peut-etre-dangereux-sante-243465

http://rue89.nouvelobs.com/rue89-planete/2011/12/24/le-saumon-ruine-ecologique-de-la-norvege-227529

http://www.bastamag.net/Les-saumons-d-elevage-gaves-aux

http://en.wikipedia.org/wiki/Lisbeth_Berg-Hansen

http://www.nmf.no/nyhetsmal.aspx?pageId=11

Le reportage France 3 et le le rapport de Green Warrior Norway