«  Les familles de La Verde ont décidé de n’utiliser que des semences anciennes ou locales. Pour cela ils collectent, échangent, conservent, reproduisent et multiplient les semences utilisées traditionnellement dans les campagnes andalouses. La Verde est ainsi devenue la principale banque de semences paysannes d’Espagne et appartient au réseau de défense des semences paysannes Red et Sémillas. L’équivalent français du réseau de semences paysannes. La Verde arrive à produire plus de 90 % de ses légumes avec ses propres semences et ainsi à approvisionner plusieurs petits producteurs bio de la région. Mais la petite coopérative doit faire preuve d’imagination pour dissimuler ce commerce : «  nous pouvons vendre et cultiver nos produits mais nous n’avons pas le droit de commercialiser nos semences, rappelle Manolo Zapata. La loi des semences a été adopté sous la pression des groupes agroalimentaires qui ont compris que cette question est stratégique. Il réprime le droit ancestral de reproduire les semences et nous empêche de certifier les variétés anciennes que nous avons sauvegardée ». La réglementation européenne de l’agriculture biologique impose en effet à l’agriculteur d’utiliser des semences certifiées bio. Si elles n’existent pas, il doit recourir aux semences conventionnelles du marché autorisées. Les semences paysannes ne sont pas reconnues.1 »

En 1981 paraît la dernière pierre de l’édifice, le décret 81-605 du 18 mai. L’article 5 indique que :« le ministre de l’agriculture tient un catalogue comportant la liste limitative des variétés ou types variétaux dont les semences et plants peuvent être « mis sur le marché » sur le territoire national. L’inscription sur le catalogue est subordonnée à la triple condition que la variété soit distincte, stable et suffisamment homogène ».

Après une révolution verte ayant mécanisé et vidé les campagnes, remembré les champs et transformé les paysans en exploitant agricole, les semenciers posent, sécurisent leur prise de pouvoir du monde agricole et verrouillant le système. Dorénavant les semences rustiques non inscrites sont hors la loi à la vente et seulement toléré pour le jardinage.

C’est la dernière pièce d’un édifice. Le paysan déjà réduit au simple rôle de production, endetté pour rester aux normes dictées par les coopératives, laisse le monopole de la reproduction aux semenciers. Ceux-ci ont dès lors le pouvoir, l’opportunité d’optimiser au plus haut leur pourcentage sur le bénéfice de production.

Le rôle du paysan passé de producteur principal à simple transformateur manutentionnaire.

De l’époque où il était un producteur indépendant à l’après guerre, les nombreuses innovations techniques et les choix gouvernementaux ont considérablement réduit le rôle du paysan. « En 1910, les fermiers conservaient une partie de leur récolte pour l’année suivante, élevaient des mules et chevaux pour tracter, nourris à la paille et au grain de la ferme. Ils fertilisaient ses champs avec le fumier produit. En 1986, le fermier achète ses semences chez Pioneer hybrid seed Co., trouve sa « mule » chez le concessionnaire, le « fourrage » chez le pompiste et le « fumier » chez American Cyanamid. Il nourrit son bétail au grain concentré de Central Soya, et enfin ensemence sa prochaine récolte financé d’un crédit revolving. »2

Le marché de l’agriculture comprend en amont du fermier la commercialisation et le transport d’intrant (semences, fertilisants, pesticides) et d’éléments mécaniques et techniques (tracteur, hangar de stockage climatisées…), et en aval, le transport, la transformation , la production, et la commercialisation de nourritures transformées congelées ou préparées. Sur ce marché la valeur produite par le paysan correspond à 10 %. 40% reviennent au marché en amont de l’agriculteur, c’est à dire à ce qu’il achète pour produire, et 50% à l’aval.

En France, ce sont les coopératives qui gèrent l’amont. Elles proposent des solutions complètes, des semences aux intrants. Les semences vendues étant prévues, pour donner leur plein potentiel, uniquement en utilisation avec pesticides et engrais3. La semence est donc pensée comme un produit marketing dont le but est de faire du bénéfice. Elles peuvent parfois aussi venir avec de l’équipement. On le voit notamment pour la culture de pomme de terre où un fermier voulant se lancer sur le marché, doit commencer par lourdement s’endetter pour convenir au cahier des charges dressé par l’industriel4.

Récapitulons,

Il y a trois types de semences. Depuis 1981, seule les semences inscrites au catalogue des semences et variétés sont légales, ce qui éliminent les variétés dites de pays ou paysannes. Il ne reste plus que des semences certifiées de deux types, les Hybrides F1 et les variétés clonales.

Les semences hybrides doivent être rachetées tous les ans et donnent donc des clients assujettis. Les versions clonales ont le défaut de pouvoir être ressemés plusieurs années de suite sans baisse de rendement. Ce qui est une perte de bénéfice car le « privilège de l’agriculteur » permet, pour une somme minime, de garder une partie de la récolte pour la resemer.

Les semences certifiées du catalogue viennent toutes de semenciers, ceux-ci étant les seuls à pouvoir se permettre les droits à acquitter pour les tests et l’inscription. Les variétés vendues sont conçues pour donner leur meilleur rendement avec des intrants (pesticides, engrais) en général fournis par ces mêmes semenciers.

L’un dans l’autre, les semenciers maîtrise 50% des variétés plantées chaque année, et leur monopole leur permet de proposer des tarifs prohibitifs. Le prix du maïs hybride est par exemple trois fois plus cher en France qu’aux États-Unis.

C’est dans ce cadre déjà bien verrouillé, que les OGM se proposent d’arriver.

OGM, Une Riche Idée 6/7 – Le brevetage du vivant

1 P 139 140 « La bio, entre buisness et projet de société ». Edition contre-feux/Agonie.

2 « Technology research, and the penetration of capital : the case of U.S. Agriculture » Jean Pierre Berlan.

3 La France a répandu en 2011 76000 tonnes de pesticides la plaçant numéro 3 au monde. Le Japon est numéro 2 et les Etats Unis numéro 1.

4 Pour une description plus avancé des relations entre la coopérative qui vends et achète à l’agriculteur, le chapitre 6 du livre « le livre noir de l’agriculture » sur la pomme de terre est édifiant, Voir la biblio.