Enquête mondiale sur la tomate d’industrie. – Jean Baptiste Mallet – Fayard Edition.

Ce livre évoque plusieurs problématiques intéressantes, dont celle précurseur à propos de la recherche sur la tomate et la façon d’obtenir les coûts les plus bas de production au niveau mondial.
Nous évoquons avant de commencer, ce qui justifie la création d’une fiche de lecture détaillée de ce livre.

Les thèmes :

  •  L’évolution de l’agroalimentaire portée par Heinz
  • Les conditions de travail avec les cas des femmes et des migrants.
  • Le concentré de tomates, la première ressource alimentaire mondialisée ?
  • La Chine et son influence dans le marché des coûts mondiaux
  • L’Afrique pour ses débouchés et cette autre notion de la qualité.
  • Le point de vue précurseur et pionnier du marché d’une argroalimentation mondialisée.

Chapitre 1

La région du Xianjiang, région collée au Kazakstan est La région chinoise de production de tomates. On y trouve des parcelles louées à des travailleurs qui sont payés 25€ la journée pour ramasser deux tonnes de tomates. Ces tomates fraiches, des tomates sélectionnées, sont après avoir été ramassées envoyées à l’usine de transformation de Cofco[1] Tunhe.

Cofco Tunhe est la première compagnie de transformation de tomates en Chine, c’est aussi le numéro deux mondial de la tomate. C’est une multinationale puissante, présente dans le Fortune 500 dont Tunhe est la partie spécialisée dans la tomate et le sucre. Elle a 15 usines en Chine et 4 en Mongolie.
Cofco Tunhe fournie les plus grosses entreprises de l’agroalimentaire : Kraft Heinz, Unilever, Nestlé, Campbell Soup, Kagome, Del Monte, Pepsi Co. Ou encore le groupe américain McCommick, numéro 1 des épices et propriétaire de Ducros et Vahiné.

Elle produit aussi 700000 tonnes de sucre pour Coca, Heinz, Mars Food, Mitsubishi.
Elle est aussi l’un des plus grands producteurs de purée d’abricots au monde.
Elle produit 1.8 million de tonnes de tomates converties en 250 mille tonnes de concentré de tomates, soit 1/3 de la production chinoise. Ce concentré est exporté dans 80 pays (pour les pizzas et sauces en Europe par exemple).

Les chinois sont un peuple nombreux. Ils doivent nourrir 20% de la population mondiale avec 9% des terres arables. La chine est le premier producteur de blé, de riz, de pommes de terre, le second pour la tomate d’industrie et le maïs. Elle est aussi le premier exportateur de Jus de pommes concentré, d’herbes aromatiques et de champignons lyophilisés ainsi que de miel.

L’usine de Chang Ji[2] produit 5200 tonnes de concentré par jour. Ces tonnes sont conditionnées dans des barils bleus de 220 litres (remplis en quelques dizaines de secondes). Ces barils représentent l’unité mondialisée du concentré de tomate. Un standard existant de par sa fiabilité et les qualités de conservation du produit, qu’il permet durant le transport[3].

Il existe différents types de concentré qui se spécifient de la quantité de matière sèche qu’ils comprennent. La tomate industrielle simple a environ 5 à 6% de matière sèche et le reste en eau. Le concentré double à 28% de matière sèche avec un rapport de 6 pour 1. Le triple, la plus haute qualité, nécessite 7 à 8 kilos de tomate d’industrie pour 36% de matière sèche et un rapport de 7 à 8 pour 1[4].
La Chine s’est spécialisé dans le concentré à haute concentration pour optimiser les couts de transport.
Cofco Tunhe fourni en tant que premier transformateur tous les grands noms de l’industrie. Heinz est son premier client. Il existe un partenariat de plus de 10 ans entre eux. Heinz est aussi le plus gros acheteur de concentré au monde ainsi que le premier producteur de Ketchup.
C’est en 36 que Heinz lance des programmes de recherche sur la tomate.L’enjeu est énorme, il s’agit de spécialiser des variétés pour les rendre le plus compatible avec le cahier des charges de l’industrie.
Heinz est le numéro 1 sur la semence de tomates industrielles (semence hybride). Ces semences sont utilisées par toutes les filiales et sur tous les continents.

Chapitre 2

Le Pays-Bas importe 12000 tonnes de concentré et exporte 190000 tonnes de sauces. Surtout du Ketchup Heinz, et pour cause, Heinz y dispose d’une des plus grandes usines du monde.

La Heinz Company nécessite 450 mille tonnes de concentré, soit 2 millions de tonnes de tomates industrielles. La filière mondiale en transforme 38 millions de tonnes par an.

C’est son ketchup qui a fait d’Heinz une multinationale et un vrai produit du way of life US.
en 2013 Heinz est racheté pour 28 milliards de dollars par 3Gcapital et Berkshire Hattaway
En 2015 Kraft et Heinz fusionnent. Sous leur égide se retrouve 13 marques et 28 milliards de chiffre d’affaires[5].
Kraft-Heinz et ses concurrents, les 15 plus grosses boites de l’agro possède 30% du marché ou vente en supermarché de la planète.

La tomate industrielle n’a plus grand-chose en commun avec la tomate ronde que nous connaissons. C’est un fruit créé artificiellement au travers de sélections, génération après génération.
La tomate industrielle est une tomate oblongue, plus lourde (plus de matière sèche). Elle possède une peau très épaisse et dur. Si dur qu’elle supporte les longs trajets en camion et les multiples manipulations opérées par les machines. On la surnomme pour cela la tomate de combat. Elle est même capable de supporter les centaines de kilos lorsqu’elle est au fond d’une benne bien remplie.
Toute la machinerie de transformation et de transport fonctionne donc uniquement avec ce type de tomates.

Dans les usines de transformation, la cuisson des tomates doit s’opérer sous les 100°C pour éviter un risque de sur-cuisson (la couleur brunie et le sucre caramélise). La transformation doit garder la qualité du produit, du moins quand c’est le but. L’industrie produit différentes qualités.
Le concentré de tomate est en tout cas devenu un produit sans frontière et universel.
Le bassin originel de la tomate se situe en Amérique du Sud.

Chapitre 3 – Le Rôle de la tomate dans la mondialisation

La Heinz Company se démarque des autres au début du 20ème siècle par l’absence de mouvements sociaux et de grèves. En tant que tel, elle sert pour célébrer le modèle « Salvateur » américain. Elle intrigue, passionne car elle représente un modèle singulier et prometteur capable d’extraire d’énorme plus-value sans conflit entre profit et travail.
La Heinz Company nait en 1876 et Henri John Heinz sera profondément traumatisé par les grèves ferroviaires, dont un des épisodes les plus sanglants est la brève « Commune de Pittsburgh ». Cette grève, débutée par une baisse de salaire et d’effectif a fédéré une population alors frappée par l’extrême pauvreté. Le conflit mobilise 100000 travailleurs, des grèves éclatent, non contrôlées par des syndicats, des grévistes prennent le contrôle de Chicago, Pittsburgh et Saint Louis. Durant une semaine, la communication Est/Ouest est coupée. Le pays est paralysé, les entrepreneurs terrifiés.
Révoltés, réprimés par les troupes fédérales, une répression à l’américaine tenant du bain de sang, avec un nombre de morts conséquent.

Ce qui inquiète spécifiquement Henri Heinz, c’est que pendant les jours de grève, les classes populaires se sont rangées du côté des grévistes promouvant par la, la lutte des classes.
Quentin R. Skabrec : « en un temps ou bien des patrons pensaient qu’il suffisaient d’exploiter les ouvriers et de réprimer leurs grèves, lui était plus rusé. Il venait d’un milieu populaire et a cherché à inventer un modèle entreprise qui permette de s’affranchir des conflits entre le capital et le travail. C’est ainsi qu’il a révolutionné ce que l’on appelle désormais le Management »

H. Heinz décide de mettre en œuvre de son usine ce que l’on appellera par la suite, le Paternalisme.
Cette méthode plus tard appelée « Management » prenait place bien avant que Henry Ford n’assemble ses premières automobiles sur les lignes de montage.
Et 1905 Heinz vendait 1 million de bouteilles de Ketchup et 12 millions deux ans plus tard. Heinz fut largement précurseur sur la rationalisation des moyens de production ainsi que dans la parallélisation des taches. Elle fut par exemple la première à investir massivement dans des machines permettant de faire ses propres bouteilles[6]. Les ateliers aussi renoncèrent assez tôt à utiliser le charbon pour préférer le gaz et ils furent les premiers à se relier aux premiers réseaux électriques du pays.

En 1898, l’ingénieur Frederick W. Taylor fit appliquer ses principes d’organisation « scientifique » du travail chez un géant de l’acier. Son « organisation scientifique » se base sur une analyse rigoureuse de toutes les taches inhérentes à la production, division et optimisation de chaque poste. Elle s’imposa rapidement dans les ateliers de conserverie Heinz. Cette rationalisation est à l’origine de la production de masse et du succès du Taylorisme.
En 1907 Heinz concentre 1/5eme des investissements de l’industrie de l’agroalimentaire.
En 1910 elle produit 40 millions de boites et 20 millions de bouteilles par an.
Le paternalisme version Heinz consiste dans une politique de « haut salaire » pour les ouvriers acceptants les règles du comportement sur les normes promues par l’entreprise. Il faut appliquer les gestes de travail prescrits mais aussi s’inscrire dans la vie organisée de l’entreprise. A savoir au gymnase, à la bibliothèque. Dès 1890 chez Heinz, un département de sociologie existe pour étudier la main d’œuvre et lancer des actions psychologiques.

Heinz dispose aussi d’une troupe de choc la « pickle Army », une section spéciale composée d’ouvriers d’élite chargés de faire respecter l’ordre, la tempérance et la morale de l’entreprise, mais aussi, d’assurer la facilitation de l’endoctrinement des employés[7].

Heinz avait une main d’œuvre à 56% féminine d’un âge compris entre 14 et 25 ans, non pour une question de parité ou d’égalité des chances mais parce que à travail égal, on les rémunérait 50% de moins que leurs collègues masculins.

La Heinz Company fait figure de pionnier dans l’agroalimentaire, d’un modèle qui s’est imposé aux USA mais aussi dans le monde[8].

Chapitre 5

L’entreprise Napolitaine Petti fondée en 1925 devient leader de la tomate pelée en 1978, et, au tournant des années 80, devient le plus grand producteur de boites de concentré au monde. Elle fournit 70% de la demande africaine début 2000. En 2005 elle investit dans une usine reconditionnant du concentré chinois au Nigéria. C’est un acteur incontournable de la filière Mondiale. C’est le plus gros acheteur de concentré derrière Heinz.
Le groupe a la plus grosse usine de reconditionnement de concentré, majoritairement d’origine chinois, d’Europe. L’ entreprise peut ensuite indiquer sur ces boites « Produit en Italie ».
L’usine au nord de l’Italie, en Toscane, transforme des tomates italiennes dont la moitié sont bio. Bien que portant le même nom (même famille). Il s’agit d’une production confidentielle de tomates italiennes.
Le PDG, Pasquale Petti, quand excédé par les demandes, incessantes, de la grande distribution s’exprime ainsi :  « C’est qu’ils veulent ? C’est un produit le moins cher possible, qui ressemble à de la sauce tomate et qui ne tue pas les gens après qu’ils l’ont mangé.. »

Chapitre 6

En 2015, sur 1.6 million de tonnes de tomates en conserve échangées au niveau mondial, l’Italie réalisait 77% des exports.
Une part importante du concentré chinois qui arrive dans le sud de l’Italie est conditionné pour l’Europe. Mais, une part importante est directement réexportée. Cette partie est sous le régime douanier du « perfectionnement actif » ou « à titre temporaire » ou « en transit temporaire » qui n’est pas taxé.
Lorsque le concentré rentre dans le marché Européens, il est taxé à 14.4%.
Ce régime améliore la compétitivité de l’industriel mais nuit aux producteurs de l’union européenne[9].
Le reconditionnement du triple concentré chinois consiste en général à le couper à l’eau avec une pointe de sel en le renommant du double concentré.
En Italie, la Coldiretti[10] a obtenu qu’il ne soit plus possible de commercialiser une « passata di pomodoro » qui ne soit produite avec des tomates cultivées en Italie. Ce qui n’est pas le cas dans le reste de l’Europe où l’on peut badger aux couleurs de l’Italie le concentré chinois.

Les ports de commerce sont en concurrence les uns avec les autres. Et moins de contrôle veut dire plus de clients. Quand on sait qu’il n’y a rien qui ressemble plus à du concentré de tomates qu’un autre concentré de tomates, on peut envisager le risque de fraude qui peut exister.
« Nous n’effectuons que des contrôles de type sanitaire sur le concentré chinois » « le concentré de tomates n’est pas une marchandise que nous considérons à risque. Il n’est donc pas beaucoup contrôlé » Emiliano Granato, Port de Salerne, Campanie, Italie.
Lorsque les normes sanitaires ne sont pas respectées, le produit est juste renvoyé à l’expéditeur qui pourra alors choisir de le réexpédier vers un pays moins regardant, comme l’Afrique.

Les vieux Stocks (ceux fait pour compenser la variation du prix sur le marché mondial) sont en général envoyés vers l’Afrique. Le concentré n’est pas côté en Bourse, le prix est géré de gré à gré.
Ce marché du vieux ou de l’avarié avec ses prix bas, s’est structuré et dessert le marché africain. Des saisies spectaculaires interviennent parfois (Le 25 novembre 2013, plus d’un million de boites impropres à la consommation étaient en attente de destruction à la nabeul en Tunisie.

Sur le marché mondial, un lot de concentré non conforme aux normes sanitaires en vigueur dans un pays peut toujours être bradé ailleurs. On le fait juste voyager vers un pays plus accueillant, là où la règlementation est plus souple et peut facilement être contournée, entre autre grâce à la corruption.
En Afrique, c’est le prix et non la qualité qui prime, c’est pour cela que l’on peut y trouver le concentré que l’on nomme la « Black Ink ». Un nom qui vend du rêve et pour cause. C’est la qualité la plus basse au niveau mondial qui existe. Le nom n’est pas donné par hasard, il s’agit d’un concentré si vieux et dégradé qu’il en a perdu toute couleur.
Néanmoins dans les mains d’un chimiste, il y a toujours du profit à en extraire. En le mélangeant à la juste proportion d’amidon de maïs et de Soja tout en y rajoutant, juste ce qu’il faut de colorant Rouge, on retrouve un produit vendable.
Cette Agromafia qui joue des appellations, triche sur les origines et la qualité, qui est malhonnête sur les conditions de travail, fourni les concentrés Premier Prix dans toute l’Europe. Autant dire qu’elle fait le bonheur de la grande distribution et de son amour des prix bas.

L’agromafia

Chiffre d’affaire de l’agromafia en 2011 : 12.5 milliard d’€ soit 5.6% du produit annuel de la criminalité[11]
Tous les produits typiquement italiens sont concernés. Et cette fraude est d’abord rendu possible par la mondialisation. La fluidité des transports de marchandises, le prestige du « Made in Italy ». Il y a une influence croissante de la criminalité dans l’agroalimentaire, typiquement dans l’huile d’olive et les boites de tomates.

L’investissement dans une entreprise Agromafieuse implique une connexion à l’économie locale et légale. C’est une entreprise qui fonctionne normalement et qui a des partenariats avec des entreprises locales comme des pizzerias, qui, quel que soit le prix des produits vendus, se fourniront chez eux (blanchiment d’argent).
L’entreprise mafieuse va donc jouer sur les prix pour blanchir de l’argent mais aussi sur les labels et les origines déclarées pour proposer des prix bas.
Il y a différents types de fraude à noter :

  • L’utilisation de déchets de tomates (peau, graines) normalement destinés au bétail dans la composition du concentré double (en général à destination de l’Afrique)
  • Le dépôt clandestin de millier de boites de concentré 200 grammes sans étiquette et sans date de péremption (affaire Giaguaro pour un million de boites saisi)
  • Le laboratoire d’analyse accrédité qui distribue de fausses certifications pour faire passer du concentré Chinois pour du concentré italien authentique, ou, pour obtenir une certification d’un concentré sans métaux lourd par exemple. Utile lorsque les tomates viennent de champs contaminés ou que le concentré est d’origine chinoise et basé sur des tomates impropres à la consommation.

L’entreprise Guiguaro a racheté Vitale, une entreprise italienne qui revendique sa présence dans plus de 60 pays et fournit des géants de la grande distribution comme carrefour, Auchan, Leclerc, Metro, Casino, Monoprix, Système U, Intermarché.

Chapitre 7

C’est grâce à la volonté d’une autonomie alimentaire associée à la volonté de rationalisation, développement du secteur de production alimentaire que l’Italie au sortie de la guerre profitera d’un avantage stratégique dans le domaine des machines-outils.
C’est en partie, l’industrie de la tomate, financé et encouragé par le régime fasciste, qui a fait des machines, le point central du système alimentaire qui s’est imposé aujourd’hui.

Chapitre 9

La tomate, en Italie, a des allures de cartel. Avec 3 pôles principaux, la conserverie, la négoce et l’industrie mécanique. Ces trois secteurs s’auto entretiennent, on parle d’un secteur oligopolistique.
Les frères Gandolfi dans les années 30 fondent une boite de négoce alimentaire. L’entreprise qui va s’ouvrir à l’international va brasser des quantités phénoménales de concentré de tomates. Elle compte parmi ses clients nombreux, Heinz. Silvestro Pieracci, leur bras droit va aider à construire la filière et à trouver des débouchés. A peu de choses prêt, il visite tous les pays où existe une usine de transformation de tomates et achète et vend.
Leur plus gros acheteurs sont les napolitains dans les années 80. Ils ont deux gros clients, les Russo et les Petti.
la transformation technologique de la production à la transformation a été faite par les italiens. Ils « donnaient » des usines clef en main (Marque Rossi & Catelli) pour Chalkis (CEO, général Liu).
Le « don » d’usine suit en fait un mécanisme appelé « compensation trade ». L’usine est fournie à la condition de vente à titre gratuit du concentré produit jusqu’à remboursement du prix de l’usine. Avec l’Italie, cette transaction sera aussi une aubaine de blanchiment lors de transfert de devises à travers la Suisse.
Pour la Chine, la tomate fut dans un premier temps, une opportunité de développer une région et de donner du travail aux paysans, sachant que 90% de la production est exportée.
La filière chinoise est née entre 90 et 93, une période où elle transformait 400 mille tonnes par an. Dans le Xin Jiang, le climat est propice à la tomate. Entre 99 & 2003 la chine Produit jusqu’à 5 millions de tonnes de tomates pour la transformation, avec 600 mille tonnes de concentré produit.
Entre 2009 et 2011, la Chine produit 10 millions de tonnes de tomates par an pour l’industrie et donc l’export. Depuis la Chine a réduit sa production, surtout depuis 2014 où Cofco Tunhe, le numéro 1 Chinois et chalkis, numéro 2, se sont entendus pour stopper la guerre des prix.

La chine exporte beaucoup en Italie (qui transforme au rabais pour réexporter en Afrique), au Royaume Uni, en Russie, Pologne, Allemagne et Pays Bas (Où on produit des sauces Ketchup).

« Une main d’œuvre quasi gratuite, l’arrivée sur le marché mondial d’une concentré chinois ultra compétitif. Des napolitains avides de pâte premier prix. Des décideurs chinois pressés d’industrialiser le XinJiang, de « valoriser » le territoire et de se remplir les poches. Une demande mondiale pour la tomate d’industrie en augmentation de 3% par an. Des constructeurs d’usines bien décidés à vendre beaucoup d’équipements. Tout était là pour que la filière chinoise connaisse une ascension et que la chine se sur-équipe et sur-produise »[12]

Chapitre 10

Kissinger, conseiller à la sécurité nationale sous Nixon de 69 à 75 est un homme qui même après la fin de son mandat, garde, un réseau d’influence avec ses entrées dans les présidences et ministères. Cela, à travers un buisness de conseil « Kissinger Associates ».

Il profite de ses relations avec la Chine qu il a tissé lorsqu’il participait à l’organisation de la visite de Nixon à Beijing. Heinz, sous l’impulsion de son PDG Tom o’Reilly, va avec l’aide de Kissinger créer un partenariat en Chine pour vendre ses produits, jusqu’à maintenant uniquement présent aux Etats Unis, en Europe et Australie.

Cette Joint-Venture concerne des produits pour Bébé, l’usine s’ouvre en grande pompe en 1986 et 2 ans plus tard, elle a déjà triplé de taille.
C’est la première multinationale étrangère à faire de la publicité à la télé avec un logo d’une marque capitaliste.
Au milieu des années 70 simultanément à son développement à l’international, Heinz décide de réduire drastiquement ses sites de production. Elle divise par deux ses sites entre 75 et 80 (milliers de licenciement). La direction opte pour une production à moindre cout sur des sites toujours plus grand, des « méga-usines » ( à l’opposer des débuts paternalistes).
De 82 à 92, le C.A. est presque doublé. En 92 Heinz ferme sa production de matière première et crée à la place, une centrale d’achat, pour acheter les matières premières au prix le plus bas au cours mondial.

Chapitre XI

L’entreprise « Morning Star » de Californie est la première productrice de tomate au monde et premier transformateur en concentré avec 3 usines qui transforment jusqu’à 2500 tonnes de tomates à l’heure.

L’entreprise couvre 40% des besoins U.S. avec un chiffre d’affaire de 700 millions de dollars pour 3 usines et 400 employés. Le président Chris Rufer est insatiable d’optimisation, de coût et de gain de productivité. Il représente l’idéal à atteindre pour tous les producteurs de concentré (Europe en Chine).

Heinz, après des décennies de recherches a permis à la tomate de devenir une matière première dans une unité standard, le baril bleu. Ce baril a permis un conditionnement aseptique permettant son négoce au niveau mondial.

C’est un conditionnement venant des techniques du milieu pharmaceutique et suggéré par un employé dans les années 50. Avant, le concentré était stocké dans des cuves de conservation qui permettait de faire du ketchup toute l’année, maintenant ce sont des poches aseptiques dans des barils bleus.
Le Baril est l’unité d’échange mondial du concentré.

La tomate, c’est aussi l’exploitation d’une main d’œuvre quasi esclave, avec des entrepreneurs qui veulent des coûts toujours plus bas.
Le Wagner Act de 1935 a autorisé la formation de syndicat dans le milieu privé mais pas dans le milieu agricole.
En 1950, la possibilité de se syndiquer n’existe toujours pas et les grèves sont brisés par les « braceros », des immigrants légaux mexicains prêt à travailler pour quasiment rien[13]. Pou contrer cela, César Chavez créé en 1962 le UFW (united Farm Workers) et permettre de lutter de façon pacifiste (désobéissance civile). L’annulation du programme Braceros sera un de ses succès.

Heinz est mécontent des succès de l’UFW et décide de chercher une parade : La mécanisation du ramassage de tomates.

L’université de Davis aux USA est le lieu incontournable de la recherche en agronomie. Son centre de recherche génétique a joué un grand rôle dans l’industrie rouge. Et c’est à eux que heinz confit son projet de mécanisation.
Les premiers tests de ramassage sont une catastrophe. La tomate se détache mal et est trop fragile. L’orientation de recherche sera donc de trouver une tomate adaptée aux machines.
Le gène J-2 des tomates des îles Galapagos et le gène UF-145 vont révolutionner le ramassage.
Si les premières recherches s’effectuent durant la seconde guerre mondiale pour compenser la diminution de la disponibilité de la main d’œuvre, c’est en 1960 (1 septembre) qu’est fait la démonstration de la première machine la « blackwelder ».
En 1961 0.5% du ramassage est effectué de façon mécanique, 20% en 1965, 70% en 66 et 100% en 70[14]. Le problème des dizaines de milliers de travailleurs contestataires et de leurs revendications est résolu.

Chapitre XII

L’usine italienne de Nocera.

Elle n’utilise que du concentré d’importation (Chinois ou Californien) qu’elle transforme (de triple à double). Elle inonde ensuite l’Europe et les différentes enseignes de supermarchés. Le mélange de différentes qualités donne des couleurs + ou – foncées qui donne différents prix et permettent de vendre des stocks de très basses qualités en mélangeant.

L’usine Petti n’inonde pas que l’Europe mais aussi l’Afrique. Elle représente 60% du concentré en Italie et 4% des exports au niveau mondial[15].

« Le double concentré de tomates Gino est fait à partir d’un mélange unique des meilleurs ingrédients provenant de différentes régions du monde, il est produit dans une des plus grandes installations de transformation au monde, en utilisant la meilleure technologie, tout en conservant la qualité traditionnelle du concentré »

Ce concentré provient du XinJiang et de la mongolie intérieur chinoise. La marque appartient à un indien Watanmal (siège à HongKong et tharamani dans le chennai).
 En 10 ans, la marque est devenu le numéro 1 du concentré. 650 millions de chiffre d’affaire en parti grâce à Gino. Un budget publicitaire important pour y arriver (numéro 1 en Afrique). Wantanmal partage le marché africain avec des firmes spéculant sur le cours des denrées agricoles.

Au départ, Watanmal achetait son concentré aux napolitains, puis le général Liu (Chalkis) à trouver que le passage de son concentré par le port italien est une perte de temps (et d’argent). Il propose donc de le vendre direct à Watnamal. Cela fera regretter à Petti de ne pas avoir sécurisé sa production en construisant une usine de conditionnement (conserverie) à Tianjin.

De 1950 à 2000, le marché africain appartenait aux italiens, maintenant 7% du marché appartienne aux chinois

Chapitre XIII

Visite de l’auteur à l’usine de Tianjin Jintudi Foodstuff. Après quelques tentatives, il parvient à se rendre dans une salle, normalement, non comprise dans la visite où il constate une pratique étonnante. Il découvre un concentré triple qui va être mélangé avec de la fibre de soja, de l’amidon et du dextrose. Le dextrose a une saveur sucrée et augmente la miscibilité des ingrédients que l’on rajoute. Le colorant couleur carotte est la petite touche finale.
La raison de ce rajout d’additifs au concentré est dû au marché visé. C’est le marché africain. Pour ce marché, le prix est un facteur décisif. Le concentré acheté va donc être dégradé[16] et retravaillé pour être vendable. Deux types d’emballage seront disponible. La boite de 70 gr et celle de 400 grammes qui servira à la vente à la cuillère pour les pas si riche que ça.

Chapitre XIV

Ce chapitre est dédié au salon pro international de l’alimentation ou SIAL qui se déroule à Villepinte en France. Il y a 150000 visiteurs dont 70% sont des étrangers venant de 194 pays. Avec ces 7000 exposants, c’est le plus grand salon au monde pour l’industrie alimentaire, 40% des produits exposés sont semi transformés (cubes de viande, farine, arôme, colorants et concentré de tomates).
Les produits alimentaires intermédiaires représentent 25% du chiffre d’affaire mondial[17].
Le SIAL est une porte d’entrée vers le marché Africain.
L’offre de concentré à destination de l’Afrique proposée par les chinois est variée. Il existe quatre niveaux de qualité. En moyenne un concentré « double » pour l’Afrique est un mélange à 45% de concentré avec les 55% restant composé d’amidon, soja, colorant couleur carotte et sucre.
Le prix du concentré sera donc fonction de la quantité d’additifs.
En général, ceux qui viennent acheter des petites conserves de concentré en marque blanche veulent les prix les plus bas (Il peut exister des problèmes de toxicités avec les additifs).
Le concentré pour l’Afrique est en général très sombre[18].

Chapitre XV

La tomate en Afrique, le cas du Ghana.

500000 tonnes par an dont 30% est perdu dû à la surproduction, en 2014 366772 tonnes produites.
Le Ghana c’est 28 millions d’habitants avec le fruit tomate qui représente 38% de la dépense de légumes.
A son indépendance le 6 mars 1957 son premier président Kwame Nkromah investi dans l’éducation, la santé, les infrastructures avec une volonté claire de réduire le plus possible la dépendance aux importations. Début 1960, le Ghana se dote de deux usines de transformation pour la tomate. Le commerce de la tomate ghanéen fleurit.
En 66 un coup d’état orchestré par la CIA est exécuté. S’en suit une période d’instabilité. En 79 un deuxième coup d’état, militaire celui-ci, avec Jerry Rawling à sa tête intervient. Les règles sont claires, le pays devient un exemple de néolibéralisme. Plus d’investissement dans le pays, ouverture aux capitaux étrangers, l’économie est quasi exclusivement orienté sur l’exportation de matières premières (Bauxite, Manganèse, Diamants, Pétrole).  Pendant les deux coup d’états, les usines de transformation de tomates ont ouvert et fermé. Ce sont maintenant deux tas de rouille.
L’orientation néolibéralisme place le travailleur ghanéen dans des conditions de précarité. L’origine chinoise du concentré moins cher, qui inonde le marché, n’est pas connu du peuple ghanéen.

Chapitre XVI

Le cas Sénégalais. Avec l’indépendance dans les années 60 et la volonté de devenir autonome en nourriture. La création d’un village modèle, Savoigne, où l’entreprise Sentenac, aidé par l’armée, va former de jeunes célibataires « Les pionniers de l’indépendance » qui après une formation, militaire et civique et agricole, vont recevoir un lopin de terre et produire de la tomate pour la marque sénégalaise.
Des années 60 à 86, la production agricole doit se substituer aux importations. La société de conserverie SOCAS du groupe Sentenac jouit de conditions privilégiées pour développer la filière sénégalaise[19].

En 1986, le FMI et la banque mondiale conseille une ouverture aux capitaux étrangers et à a la concurrence internationale. C’est une « libéralisation » de l’économie avec privatisation et destruction des monopoles publics.
Les résultats ne sont pas attendre. Le concentré chinois, deux fois moins cher après taxe s’installe et met la marque sénégalaise sous haute pression. 10 ans plus tard, l’usine de transformation met la clef sous la porte.

Chapitre XVII

Les caporolatos.

Il s’agit de « caporaux » qui encadrent, gèrent, le travail, la main d’œuvre illégale pour les vastes réseaux criminels de l’agromafia.

Ces caporolato concernent l’agriculture du sud mais aussi nord de l’Italie. Des lois ont été votés pour stopper leur activité mais elles ne sont peu ou pas appliquées.

Les africains qui arrivent en Italie, de façon illégale, vont dans les ghettos, les bidonvilles dans lesquels, les capos viennent et proposent du travail. Les ghettos sont gardés en marge de la société dans une sorte de No man’s land à la merci des Tyrans. Une contre-société construit sur la misère et l’exploitation. Néanmoins les africains préfèrent y aller plutôt que d’être dans des logements prévu par l’état. D’abord pour être entre ressortissants, mais aussi pour avoir accès à ce travail que propose les capos.
l’exploitation des travailleurs migrants est 1 pilier de l’agriculture italienne[20].

Dans la province de Fogia le travail est d’abord le fait de travail européens (Bulgares & Roumains) avec tout de même des africains. Ils sont en général déclarés quelques heures pour toute une saison de travail.
Les syndicalistes de la FLAI-CGIL des pouilles indiquent la corruption et le quasi pignon sur rue des caporolatos.
Dans le nord 85% du ramassage est mécanique mais il est seulement de 15% dans le sud à cause des petites tailles des parcelles.
La mécanisation de pointe est aussi rentable que la main d’œuvre non déclarée. Et moins intéressante si l’on prend en compte, les jours non payés et la violence[21]. Le ramassage à la main a pour lui d’être de bien meilleur qualité. Les fruits sont ramassés avec délicatesse, lorsqu’ils sont mûres.
Le « gran ghetto de Rigano » est le plus grand des pouilles avec 5000 africains.

Chapitre XVIII

Caporolato, appropriation illégale du travail
Caporal : un propriétaire de camionnette. Ils approvisionnent en main d’œuvre les producteurs. Ils décident qui monte dans la camionnette. Le caporal est souvent un émigré qui s’est élevé.
Il existe donc une co-responsabilité entre producteurs et caporolato. Ces derniers se font de temps en temps arrêter, mais cela n’affecte pas la grande distribution qui demande ces produits à tarif bas.
tant qu’il y en a qui paye, il y aura de la main d’œuvre esclave.
Néanmoins, les caporolatos doivent s’adapter en créant des « boites d’intérim » où ils vont trafiquer (pour ne pas payer de taxe + faire du noir) et revendre les journées de travail pour obtenir une cotisation retraite ou allocation chômage.

Chapitre XIX

Dernier chapitre. Évocation des chinois au Ghana, de la concurrence. De la Black Ink, le concentré le moins cher du monde et des chimistes qui le travaille pour qu’il soit de nouveau vendable.


[1] China National cereals, oils and foodstuffs Corporation

[2] Technologie italienne

[3] Ce baril bleu a permis la mondialisation du concentré de tomate.

[4] Rapport dans une usine moderne. Le rendement baisse dans une usine moins évoluée.

[5] L’agroalimentaire c’est 4000 milliards de CA par an (département de l’agroalimentaire US).

[6] Machine outil d’Owens

[7] La firme a très tôt la réputation, dans le milieu des affaires, de ne pas connaitre la grève, même en période d’agitation sociale.

[8] Progrès de le productivité dû à la mécanisation, de la motorisation, de la standardisation et de la rationalisation. Intensification du travail sous la pression de nouvelles méthodes et de management et de politique d’intégration des travailleurs paternalistes à la société capitaliste)

[9] Avantages comparatifs, libre-échange

[10] Confédération national des producteurs autonomes

[11] Un chiffre passé à 15.4 milliards en 2014 avec en comparaison un chiffre d’affaire pour le groupe Danone de 21.4 milliards.

[12] P142. Livre “l’empire de l’or Rouge”

[13] Dumping Social

[14] Chiffres californiens

[15] Heinz est le premier acheteur, Petti est deuxième avec des débouchés dans 170 pays.

[16] De couleur brunie dû à une sur cuisson. Il a perdu en qualité nutritive et gustative

[17] Mille milliards de dollars.

[18] En Juillet 2012, un article signalait que des exportateurs Européens se plaignait de la concurrence déloyale chinoise avec leur concentré coupé aux additifs.

[19] Investissement de 12 milliards de Francs CFA

[20] Chiffre 2012 : sur 816000 travailleurs agricoles, 153000 ressortissants hors UE et 148000 Venant de l’UE. Néanmoins peu de migrants réellement déclarés, sur 2000 migrants déclarés, il y en a 30000 qui bossent. Les ghettos ne sont ni légaux, ni illégaux, ils sont seulement non référencés.

[21] Etude financée ar Nando Peretti Foundation