Un industriel de l’alimentaire dénonce

 

De Christophe Brusset Chez Flamarion Document.

 

Eléments de réflexions du Livre

Christophe Brusset expose son expérience de trader dans l’agroalimentaire et comment le profit est la première raison (la seule) raison d’être de ce corps de métiers. Il expose aussi le microcosme social dans lequel il évolue en évoquant autant ses rapports avec son patron qu’avec ses collègues.

Une grande part du livre est le partage d’anecdotes et de cas de figures, sélectionnées pour brosser/appréhender  le fonctionnement d’une entreprise en agroalimentaire. On notera la prise de risques sur l’achat de marchandises « bradées » qui ne sont envisagées que si la responsabilité finale peut être imputée à quelqu’un d’autre. On constatera cet incroyable plaisir de récupérer un stock indésirable, de le transformer, et de le revendre avec une juteuse marge. On s’étonnera des techniques de substitution d’un ingrédient pour un autre dans une liste d’ingrédients pour augmenter la marge d’un article (sans pour autant baisser le prix pour le consommateur, véritable dindon de cette farce).

Christophe Brusset présente un système de l’agroalimentaire et de la grande distribution où les supermarchés et leurs centrales d’achats règnent en roi. Où leur influence sur l’agroalimentaire et son évolution est prépondérant.

Plus que les exemples de scandales ou d’entourloupes, qui sont nombreux, c’est la mentalité du business de ce corps de métier et son environnement qui sont instructifs.

 

Berner le consommateur

 

Le consommateur est un ignorant stupide à qui il est facile de faire croire n’importe quoi. Le Nutella c’est diététique, les Knackis sont des saucisses de tradition, et Danacol est un supplément magique. C’est, normalement, le rôle des associations de consommateurs, aidée par les institutions publiques (comme le DGCCRF) d’aider le consommateurs à ne pas se faire avoir. En France ces associations de consommateurs, ne pose pas de problèmes à l’agroalimentaire, elles cherchent peu et ainsi trouve peu.

Le flou et l’ambiguïté dans la législation sont une opportunité de bénéfices. Elles permettent d’induire le consommateur/badot en erreur pour l’attirer vers un produit moins cher semblant identique. On distingue ce flou sur le fabriqué et le transformé (saucissons fait en Corse mais avec de la viande décongelée bretonne ou d’Europe de l’Est), sur la désignation d’un produit (Jambon d’Aoste ou Aoste) ou sur son origine (la moutarde de Dijon est une appellation qui fait référence à une recette et pas à un lieu de production).

Cet état de fait n’est pas un hasard. Elle est dû à l’interprétation d’une législation floue faite par des technocrates incompétents sous la pression des industriels et de la grande distribution.

Il ne s’agit donc pas de mentir mais de jouer sur l’ignorance pédante du consommateur. Un consommateur qui ne s’est jamais posés de questions, et qui a des habitudes.

Un produit indiqué « fait en France » sera fait en France mais un  produit « transformé en France » qui apporte une saveur « cocorico » au produit peut réserver des surprises. Dans le cas d’importation de champignons de Paris de Chine ou d’ailleurs, pour pouvoir poser le label « transformé en France », il suffit desempaqueter la cargaison pour un « tri-sélectif » quelconque/fictif et de remballer le tout. On peut rajouter la mention « transformé en France » sur l’emballage.

La Chine produit toutes sortes de produits. Du bas de gamme mais pas seulement pourtant : « Le 23 mars 2015 sur RTL et l’AFP étaient diffusés une mise en garde de la commission Européenne à l’intention des consommateurs de l’Union Européenne contre les productions importées de Chine. Ils représentent à eux seuls 64% des 2435 produits dangereux répertoriés par le système d’alerte RAPEX en 2014 »[1].

C’est bien la médiocrité/crédulité du consommateur qui distingue le degré de qualité des produits vendus par les circuits de la grande distribution. On peut reconnaitre un coté espiègle, de la part des industriels et de la grande distribution, dans la volonté de tester les limites du possible comme le ferait un enfant, mais dans un milieu concurrentiel, il est important de bien connaître la totalité d’un cadre de travail pour clairement calculer sa marge de manœuvre dont dépend toute stratégie.

Un premier exemple, mêlant mondialisation et entourloupe; La truffe de Chine. Elle est vendue 30€ le kilo. La variété française elle est vendue 1000€ du kilo. Une société d’import achète de la truffe chinoise puis en vend aux spécialistes français de la truffe à Carpentras. Ces spécialistes vont ensuite faire passer la truffe par l’Italie, l’Espagne, le Luxembourg à chaque fois dans une de leurs filiales et durant le transfert, une erreur va se glisser dans les bordereaux et la truffe va devenir Européenne. Le prix au kilo va aussi changer et se multiplier. cette truffe sans goût, choisi trop jeune pour ne pas avoir de spores visibles (seul moyen de pouvoir différencier la variété française de la variante Chinoise) ne sera pas utilisée comme la variété française. Elle sera utilisée dans des préparations avec arômes ou elle pourra faire illusion.

Les canaux de la distribution en France sont sounis au monopole des centrales d’achats de la grande distribution qui peut imposer, à loisir, des prix bas, très bas voir injustifiés.Elle ne se gêne pas en effet pour maximiser ses marges. Le manque de concurrence permet de pressurer les industriels (surtout les PME), de placer des facturations de prestations fictives (Publicités, location d’espace), de placer des pénalités sous des prétextes futiles (livraison incomplète ou en retard, avec une charte horaire et de réception calculées volontairement trop juste. Des commandes passées de façon irrégulières ainsi que des menaces de déréférencement à la moindre protestation).

Cette pression force les industrielles à trouver des techniques pour survivre et garder leur marge. La baisse de qualité, la délocalisation sont des options. La science de l’emballage aussi (l’avantage d’alléger les paquets est qu’on garde le même produit, il n’y a pas besoin de payer pour mettre en avant le produit, ou faire sa promotion comme on le ferait pour la création d’un nouveau produit ou une promotion).

Cette concurrence des prix bas, le monopole des réseaux de la grande distribution font que le consommateur se retrouve à acheter des produits moyens et sans goût en supermarché (on pourrait contre balancer que si ce n’est pas bon, ce n’est pas cher, vous verrez que ce n’est pas le cas). Un exemple parmi d’autre : Il n’y a dans les rayons actuellement plus que 5% de camembert au lait cru. Les fromages fondus, que l’on retrouve sur des pizzas ou dans des plats préparés servent essentiellement à valoriser des fromages industriels de mauvaises qualités, des invendus et des lots défectueux. Ce sont des préparations à base de fromages AOC mélangées à de la chimie et des fromages de basses qualités.

 

La R&D

En recherche et développement il y a les machines hightech intervenant dans la production et le conditionnement (machine ultrasonique pour la mayonnaise, la machine à azote liquide pour débiter des pizzas congelées, un saturateur à saumure pour doubler le poids du jambon). Il y a aussi les recettes et les additifs.

 

Les auxiliaires techniques

 

C’est une catégorie d’additifs qui n’a pas à apparaitre sur la liste des ingrédients. La différence avec un additif est la quantité présente dans le produit final.

La définition : « toute substance qui n’est pas consommée comme un ingrédient alimentaire en tant que tel, utilisée délibérément dans la transformation de matières premières de denrées alimentaires ou de leurs ingrédients pour répondre à un certain objectif technologique pendant le traitement ou la transformation et pouvant avoir pour résultat la présence non intentionnelle mais techniquement inévitable de résidus de cette substance ou de ses dérivées dans le produit final, à condition que ces résidus ne présentent pas de risques pour la santé et n’ai aucune conséquence sur le produit fini. »

Une désignation floue qui permet de saupourder des largesses sur un produit transformé.

 

Il existe différents type d’additifs dont les additifs de maquillage. Pour donner à un concentrer de tomates brun, un rouge éclatant.

Ils servent avant tout à masquer les défauts. Ils sont souvent irritants, allergisants et pour certains cancérigènes.

Un point sur les arômes naturels. Ils sont produits majoritairement par des techniques d’expression (mécaniques pour les agrumes) ou par une extraction par solvant qui a le désavantage de concentrer autant les molécules aromatiques que les polluants contenus de le fruit.

 

Les entourloupes les plus importantes sont dans la charcuterie industrielle. le cas du jambon est édifiant.

Le jambon de luxe est injecté :

  • Avec du polyphosphate, des protéines de sang ainsi que du gélifiant pour le gaver d’eau.
  • Avec du sucre, des glutamates, des arômes et fumée liquide pour le goût
  • De l’ascorbate de sodium et des sels nitrités pour la conservation et la couleur rose.
  • On rajoute à la fin de la procédure une couenne homogène qui va parfaire esthétiquement le produit et donner l’impression qu’il vient directement d’une jambe.

Pour le jambon de croque-monsieur ou de pizzas, c’est la baratte (cuve en inox ou les petits morceaux de jambon sont plongés, malaxés, dans un bain d’additif qui donnera une pâte à qui l’on pourra donner la forme souhaitée) que l’on utilisera.

Un croque-monsieur réalisé industriellement, entre le pain, la tranche de fromage et le jambon, est composé de 5% d’additifs ( Une indication forte de la qualité des matériaux utilisés).

 

Les boites en carton recyclées vérolées à l’huile minérale. Ils sont faits à partir de vieux emballages, papiers, journaux. Des vernis, encres et autres molécules chimiques impropres à la consommation les composent. ils devraient être considérer comme impropre à l’utilisation alimentaire. Le problème est que les cartons vierges coûtent 20% plus cher. Ni les distributeurs ni les fournisseurs ne veulent prendre le coût en charge…….donc c’est pas grave.

 

Pourquoi les dates limites d’utilisation optimale (DLUO) sont mises sur les bouchons ?

C’est pour facilement pouvoir les changer et à moindre cout remettre l’article en vente.

 

Quand on veut tirer son épingle du jeu en agroalimentaire il faut donc être malin. A savoir qu’il faut s’imaginer participer à une partie de chaises musicales constante. Quand la musique s’arrête, il ne faut pas être le dernier debout. Pour cela il faut pouvoir prouver sa bonne fois en disant que l’on ne savait pas et donc posséder des certificats de conformités du respect des normes.  Un exemple actuel les lasagnes de cheval Findus colle parfaitement à ce point de vue..

La désignation de la viande par trois valeurs facilite les possibles valeurs. Ces trois taux sont la teneur de protéines, le taux d’humidité et le taux de gras. Si on veut remplacer du bœuf par du cheval, on va chercher une viande avec les trois taux évoqués aussi proche que possible de la viande cible. Si c’est de la viande hachée (du minerai) c’est encore plus facile. On met tout dans une cuve et on transforme à souhait. Seul un test ADN pourra ensuite révéler la supercherie.

Il faut garder en mémoire qu’un spécialiste/trader en viande connait son métier. Il a une idée claire du prix, des fournisseurs et des provenances. Il détectera une incohérence dans une offre très facilement. L’utilisation de cheval dans les lasagnes n’a pu se faire à l’insu de Findus. Pour autant, ils ont été suffisamment malin pour se faire passer pour des victimes plutôt que l’inverse.

 

« On a pensé à des fabricants de soupe, mais ces gens ne prennent que des sous-produits et c’est tout juste si il ne faut pas donner la marchandise ». Un trader qui cherche à revendre une cargaison à très bas prix.

 

Récupérer un stock à peu cher et le valoriser

Dans la vie d’un trader il arrive qu’il ait de très bonnes affaires à faire pour peu que l’on ait de l’inspiration.

L’enrobage à froid fait des miracles dans le domaine surtout pour refourguer un stock acheté, à fort bon prix, de champignons teintés de bleus ou des légumes oxydés et noircis. Et la panure c’est tellement peu cher.

Et lorsque l’on s’est fait arnaquer par un fournisseur que l’on a payé un peu trop vite (fournisseur non Européen, difficile de se faire rembourser). Par exemple avec du piment en poudre mélangé de crottes et de poils, comment faire pour s’en sortir ? On commence par tamiser pour faire partir le plus gros. Ensuite on opère un traitement thermique pour stériliser. Après on le pulvérise en poudre à 120 mesh (unité de taille de pulvérisation). Néanmoins il reste toujours de la crotte dans le piment. C’est là que la possibilité d’avoir 0.5% de matières étrangères dans le produit final rentre en œuvre. On va mélanger le stock vérolé à un bon stock jusqu’à faire descendre le taux de crotte en dessous de 0.5% et on va pouvoir vendre une poudre de piments aux normes.

Concernant des tomates fermentées, surchauffées pour le cacher et donc brunies ? est ce bon à jeter ? Pas du tout, il existe un marché pour ça. Il suffit juste de le vendre au bon prix. Il y a un prix pour tout, c’est la leçon première à retenir de ce livre. Une fois trouvé, on peut faire affaire.

Et à propos du miel frelaté ? Il y a aussi un marché pour le cher et le pas cher. Avec des miels bas de gamme au gout bizarre de levure ou d’alcool, ou contenant de l’oxyde de fer venant d’emballage non alimentaire (Il a le défaut de laisser un dépôt noirâtre dans le fond du bol de thé, mais pour le prix…). Le bénéfice est dans ce cas plus délicieux que le miel, surtout lorsqu »il s’agir de deux containers surchargés en antibiotique.
Les miels frelatés viennent principalement de Chine. Les chinois ont dû plusieurs fois changer leur recette pour passer les contrôles toujours plus stricts. Il y a 30% de miel frelaté vendu en supermarché.

Le poivre en poudre est moins cher que le poivre entier. Ce qui est bizarre car il y a une opération en plus pour le transformer. Pour faire baisser le prix, il y a aussi une technique, on mélange des baies épuisées (grain de poivre dont les huiles essentielles ont été extraites par solvant. Des traces d’hexane résiduelles sont souvent présentes) avec des baies riches en pipérine, 20 à 30% pour rester dans les normes, on peut même y rajouter des grignons d’olives (ce qui reste après extraction des dernières gouttes d’huile d’olive).

Malheureusement pour Pierre, la concurrence était trop forte. Il a préféré acheter directement du poivre moulu d’Inde avec des analyses conformes.

D’une manière générale des marchandises trop belles et trop peu chères doivent inspirer de nécessaires suspicions. Comme ce piment en poudre rutilant qu’une étude de routine chez la COFRAC (comité français d’accréditation) pourtant décrit comme étant aux normes[2]. De par le prix, très bas, les ventes sont spectaculaires, les supermarchés sont ravis. Par contre la concurrence est mécontente car ses parts de marché s’étiolent et elle ne comprend pas comment un produit au si beau rendu peut être vendu si bon marché. Il n’y a pas le choix, il faut investir dans des analyses poussées. Une excellente initiative qui permit de mettre à jour la présence d’un colorant de type RED-SUDAN utilisé pour les peintures. La DGCCRF prévenue, oblige directement la destruction des stocks aux frais de l’entreprise incriminée.

Un autre cas de piments aussi trop peu cher est achetés et directement analysés de façon approfondi (on ne peut pas dire deux fois dire à la DGCCRF que l’on s’est fait avoir). Ce piment se distingue par une propreté impeccable, aucune bactérie. Ce qui est impossible à moins que la cargaison ait été ionisée/irradiée. Pour éviter d’éveiller des suspicions on va mélanger ce piment avec un piment « normal » ou au moins non ionisé pour rentrer dans les normes bactériennes.

L’Origan d’un concurrent est moins cher. Alors que Pierre (toutes les anecdotes sont des expériences qu’il a directement vécu, nous commençons seulement maintenant à les référer à lui) est bien placé sur le marché, il commande de gros volumes, a fait une excellente négociation. Que se passe t’il? Il faut mener l’enquête. Le marché de l’origan c’est surtout depuis la Turquie qui produit du volume (Albanie aussi en moindre volume et plus cher pour de l’Origan Premium sauvage). Notre Pierre part en Turquie mener l’enquête et découvre que pour casser les prix, les producteurs propose de l’origan coupé au sumac, une herbe visuellement identique mais sans goût….et beaucoup moins cher. il suffit de faire varier le pourcentage de sumac et le prix va pouvoir descendre à loisir. Et si cela n’est pas suffisant pour faire chuter le prix on peut même rajouter des jeunes feuilles d’olivier. C’est encore moins cher :

  • Kilo d’Origan : 5€
  • Kilo de Sumac : 2€
  • Kilo de jeune feuille d’olivier : 1€

Il suffit de trouver le mix le moins cher qui reste dans les normes établis, et on retrouve les faveurs des supermarchés. Le client de tout de manière n’a aucun goût ni aucune culture culinaire.

 

Le safran est la partie la plus rouge du pistil de la fleur Crocus Sativus. C’est 6000€ le kilo lorsqu’il vient d’Iran et 50000€ lorsqu’il vient de France.Pourquoi c’est si cher? La raison est que pour faire un kilo de safran, il faut 150000 fleurs, donc un certain nombre. Pour faire baisser le cout au kilo il y a plusieurs techniques. On peut utiliser des fleurs de carthame en place du crocus, sélectionner le blanc du pistil (partie basse que l’on recolore) voir même utiliser des filaments de soie, maïs ou coton que l’on va recolorer.

L’oignon rose est facile à faire passer pour de l’échalote déshydratée ou en poudre. C’est 3X moins cher et ça permet de vendre un produit 15 à 20% moins cher (pour info c’est en général ce que vaut un produit chinois par rapport à ses concurrents).

 

Après ces quelques exemples on comprend mieux la raison de se retrouver avec du cheval dans les lasagnes. Le cheval est 3x moins cher. Cela révèle aussi le fonctionnement mondialisé. Spécifiquement dans le rajout d’ intermédiaires dans différents pays pour noyer les origines et la nature du produit. Pour rendre difficiles les contrôles de provenance et favoriser les « erreurs ». Certains pays sont connus et utilisés pour leurs contrôles laxistes (En Europe, le Luxembourg, La Hollande, La Belgique).

Des petites brèves sur la mondialisation. On fait passer des noisettes par Dubaï, elles deviennent Grecs et n’ont plus besoin de payer de droit de douane. Il y a un embargo sur des produits chinois? Un collègue vietnamien achète à la place, une cargaison et appose un certificat d’origine vietnamien.
Ces bidouillages ne sont pas invisibles et amènent à des situations aberrantes, avec des pays qui ont des taux d’export sans rapport avec leurs capacités productives. Pour autant cela ne fait jamais sourciller les autorités compétentes françaises ou européennes.

Concernant le cheval, il n’y a pas de traçabilité, la viande n’est pas tracée. Il arrive donc que des chevaux « disparaissent » de Suède et finissent dans des abattoirs roumains où on pourra préparer une entourloupe de bœuf avec un prix au kilo x3. Le cas de chevaux anglais avec des traces d’anti-inflammatoire (phénylbutazone, c’est une substance dangereuse par l’homme. Elle cause des problèmes d’anémie), qui parte en Europe de l’Est pour être « transformée » en bœuf  permet de retrouver confiance.

Le Thé chinois. Le thé de Chine a des taux de pesticides bien supérieurs au maximum prévu par la législation. Toute l’Europe le sait, pourtant il est urgent de ne rien faire car la Chine se froisse facilement. Et c’est un partenaire dont on ne peut se passer.
Les fruits & légumes surgelés ont au moins trois ou quatre substances actives.
Il y a cet exemple de poivrons qui ont fait l’aller-retour d’Espagne car le taux de méthamidophos[3] était trop important pour que Pierre ose les utiliser. Un espagnol finalement les a acheté et Ils ont fini sur des pizzas.

Il existe une technique pour ne pas payer le BAPSA (budget des prestations sociales et agricoles) sur les huiles alimentaires. On les importe d’Allemagne (d’une de ses filiales) et nommant/changeant la dénomination en « SOS vormischung » ou sauce de prémélange. Si jamais un contrôle mais la supercherie à jour, il suffit pour se s’innocenter de parler d’erreur de traduction sur le papier en sachant que les allemands en cas de demande pour des confirmations par les autorités sanitaires françaises ne fournissent de documents qu’au bon vouloir.

Le Ras El Hanout. Cette appellation serait liée au fait que ce mélange représente le meilleur de ce qu’un épicier peut préparer et vendre (littéralement, tête de l’épicerie). Dans les faits ce n’est pas une appellation protégée, on peut donc y mettre ce que l’on veut. On partira généralement sur une base d’épices à bas prix auquel on rajoutera tous les déchets de l’usine. Des échantillons reçus à l’usine, des restes d’échantillons gratuits, de productions ratées (ketchup brulé…) voir des restes de poudres coincées dans des machines alimentaires, des restes de paprika bruni, de la farine où des noisettes qui ont des insectes. Si ce n’est pas très vendeur présenté ainsi, cela a le mérite d’éviter le gâchis. On valorise, et qui va se plaindre ? Le consommateur ? il n’y connait rien et n’y veut rien connaitre.

Le Glaçage ou glazing. C’est une couche de glace autour du produit qui évite le dessèchement (5 à 10% du poids final du produit quand la technique est utilisée normalement et jusqu’à 30, 40% pour ceux qui veulent augmenter leur marge ou baisser le prix de vente). Cette couche de glaçage est souvent mélangée avec des additifs et des antibiotiques. Cette technique est utilisée pour les fruits de mer (crevettes, moules…) et aussi pour les filets de poisson, les champignons de Paris…
Un autre type de technique pour alourdir un produit avec un autre moins cher (toujours l’eau) : On passe une palette de marchandise par une machine en faisant le vide. Cela va ouvrir les fibres auquel on va directement injecter, sous haute pression, une solution d’eau et d’additifs qui va pénétrer au cœur de la fibre avant la surgélation consécutive. La marchandise à gagner en poids, l’industriel en marge.

Les problèmes d’approvisionnement sur certaines marchandises sont toujours un moment propice à faire de belles marges avec des équivalents compensatoires. Ou, de vendre plus cher un produit bas de gamme. Dans le cas de problèmes sur les approvisionnements d’amandes, on peut facilement utiliser de l’amande d’abricot pour les préparations. Pour les problèmes d’approvisionnement de fraises, on peut se contenter dans les confitures de n’utiliser que les graines de fraises (qu’on mélangera avec de la pectine, du mou de fruits rouge et de sirop de fructose).

 

Délocaliser pour produire moins cher

Pour délocaliser proprement il faut respecter la chronologie, afin d’obtenir une transition en douceur.

  • D’abord choisir le pays à bas cout et un partenaire sur place qui servira de relais.
  • Faire de la propagande en faisant passer le message d’un semestre difficile et de la perte de gros clients.
  • Construire une nouvelle usine discrètement et préparer la logistique qui va avec.
  • Enfin, annoncer la fermeture de l’usine le cœur sur la main, avec licenciement et plan social. On rajoute une pointe de négociation pour aider.
  • On ferme l’usine, après avoir fait du stock pour une transition en douceur.

Pour disserter des raisons et de l’éthique d’une délocalisation, on peut les résumer à un seul facteur simple. Produire en France de la qualité à un prix 20% plus cher n’intéresse personne. Les frais de transport sont de plus négligeables (pour 20 tonnes d’ail déshydratés de Chine le cout au kilo revient à 5 cents, dérisoire). La mondialisation fixe une seule équation, produire là où les conditions de travail sont les plus accommodantes et revendre là où il y a du pouvoir d’achat.

 

Les marges arrières de la grande distribution

Les marges arrières sont ce que facturent la grande distribution à ces fournisseurs, l’équivalent de frais bancaires non justifiés. Exemple :

  • Payer pour présenter un produit au chef de rayon lors des salons régionaux internes.
  • Facturer des pénalités de retard si le livreur a plus de 15 minutes de retard.
  • Participer au budget publicité et autres promotions
  • Facturer des frais de mise en rayon, fidélisation et casse….

Les supermarchés sont tellement omniprésents qu’ils sont les seuls débouchés réalistes pour les PME. Et avec la grande distribution, il vaut mieux avoir les reins solides pour ne pas se faire plumer[4].

  • Budget de référencement, participation aux campagnes de publicité.
  • Payer pour garder sa place en rayon (en ne pas perdre un marché national au profit de concurrents).
  • Payer pour participer aux anniversaires et promotions.

Les marges arrières peuvent représenter jusqu’à 60% du prix du produit final (35% pour l’alimentaire).

François Pullier de l’ILEC (institut de liaisons et d’études des industries de la consommation) publie un compte rendu où il montre les marges des trois acteurs sur un produit vendu en supermarché :

  • Si il y a une augmentation de 10% du prix d’un article, les 2/3 vont à la grande distribution, 10% à l’industriel et ¼ en ticket remise ou NIP (Nouveaux instruments de promotion) au client.
  • L’augmentation du prix profite d’abord à la grande distribution, Les NIP sont inclus dans le prix pour le fournisseur, elles sont considérées comme des marges arrières.
  • C’est ce fonctionnement et ses marges arrières qui font que l’Allemagne est moins cher de 15% par rapport à la France (p227)
  • Dans le Hard Discount, un fournisseur doit créer une autre marque pour vendre le même produit à moins cher (législation interdit les discriminations de prix de vente d’un même produit, même quand cela est dû à des marges arrières inférieures). Grâce à la politique de non marge arrière de ces enseignes on peut trouver des produits équivalents à 40% moins cher.

Les marques de distributeurs sont le créneau des produits qui semblent équivalent et vendu à moins cher que ceux des grandes marques. Ils réutilisent pour cela le packaging, dans les grandes lignes, créé par ceux-ci puis appellent leur fournisseur pour leur dire qu’ils veulent un produit moins cher de tant de pourcents. ceux-ci pour répondre au cahier des charges vont faire appel à des matières premières premium en moins grandes quantités et vont compenser le manque de goût avec des additifs et des arômes.

Il peut aussi arriver que la grande distribution est juste envie d’améliorer ses marges. Elle va demander pour cela à son fournisseur de produire un mix d’ingrédients moins cher. Le cas de l’eau de fleur d’oranger[5] illustre bien ce point. Ce produit est en effet passer de fleurs d’oranger distillées à un mélange d’essence et d’arôme avant que finalement on ne fasse une préparation qu’à base d’arôme de fleur d’oranger. Le prix n’a pas changé tout au long de l’évolution/dégradation du produit (actuellement il n’y a plus en supermarché de vrai fleur d’oranger). Il aura fallu l’intervention de la DGCCRF pour que l’étiquette soit changée et indique les bons ingrédients et la bonne désignation.

 

Conclusions
  • 500000 intoxications chaque année en France
  • 1500 hospitalisations
  • Entre 280 et 700 morts
  • Une cuisine collective se fait contrôler une fois tous les 12 ans et un restaurant 1x fois tous les 30 ans.

20% des étiquetages posent problèmes (sont mensongés). A savoir qu’il y a un risque de 20% pour du poisson labellisé « sauvage » ou « de ligne » qu’ils viennent de silos d’élevage. 20% de chances que des pétoncles du chili se fassent passer pour des noix de la baie de Saint-Brieuc.

Ce genre de scandales sont normalement révélés par des associations de consommateurs fortes. Il n’y en a pas de très active en France, mais en Allemagne une association obtient de vrais résultats, elle se nomme Foodwatch. Elle existe à présent en France (en tout petit). Foodwatch ne fonctionne qu’avec les donations de ses abonnés.

Plus que jamais la mondialisation est la possibilité de faire passer des vessies pour des lanternes au con-sommateur. A l’inverse ce livre est aussi l’occasion d’une prise de conscience de ce qu’un supermarché est. Un lieu de blanchiment et de vote du consommateur qui, qu’il le veuille ou non, est bien celui qui légitimise toutes les pratiques qui amènent chaque produit dans les rayons. En d’autres termes, l’incroyable lieu de fraude de mensonges et de perditions et leurs très lourdes conséquences sur la planète sont la conséquence des consommateurs qui ne comprennent pas que les rayons d’un supermarché ne se remplissent pas magiquement, que placer un article dans un caddie n’est pas un acte bénin mais engagé.

 

 

[1] P29

[2] Si il y a le moindre problème, les tests ont été effectués, la responsabilité est déplacée.

[3] Substance active de type insecticide organophosphoré.

[4] Certains groupes se sont fait une spécialité d’amener à la faillite des PME pour les racheter à très bas prix.

[5] Eau obtenue par distillation des fleurs d’orangers.