L’histoire menant à la vaccination est variée et présente différentes techniques. L’une des plus anciennes était comparée à la mithridatisation, du roi Mithridate. A savoir, que l’ingestion de petites doses de poisons régulières permettait de se prémunir potentiellement de l’ingestion d’une grosse dose lors d’une tentative possible d’empoisonnement.

Il s’agit dès lors de trouver et d’injecter une version atténuée d’une maladie pour s’en prémunir à l’avenir. Différentes évolutions et essais existeront, mais c’est véritablement avec la variolisation, parent direct de la vaccination, que l’on peut noter des tentatives sérieuses. Celle-ci consiste à prendre du pus d’une vésicule chez un infecté et à l’administrer par voie nasale à un sujet sain. Pendant le moyen âge, la variole est considérée comme un fléau, tuant un tiers des infectés et en défigurant encore plus.

La première inoculation, hors d’Asie, est administrée en 1701 par le Vénitien Giacomo Pylarini aux enfants de l’ambassadeur Anglais à Constantinople. Néanmoins c’est Théodore Tronchin le vrai père de la variolisation en Europe. Il l’introduisit à la cour de Versailles en 1756 et l’expérimenta sur les enfants du duc d’Orléans. La pratique fut ensuite portée au niveau national en 1763 en France et devint ainsi la première technique médicale de masse. Cette technique devint interdite en 1803 en Angleterre au profit de la vaccination.

Pourquoi Vaccination?

Ce terme de vaccination vient de la vaccine, une maladie de la vache, transmissible à l’homme mais d’un caractère bénin.
C’est Edward Jenner qui commençant l’étude de la variole (Small Pox en Anglais) remarquait des similitudes avec la vaccine. Convaincu que la vaccine avait un effet protecteur sur son hôte pour la variole, il l’inocula par scarification sur un enfant de 8 ans (James Phillip). Le pus utilisé pour cette scarification fut récupéré sur le bras d’une femme contaminée. James Philip eut, consécutivement à la scarification, un peu de fièvre et un malaise général de quelques jours.
3 mois plus tard, le professeur Jenner inocule la véritable variole à l’enfant. Celui-ci ne tombe malade. L’enfant est diagnostiqué comme immunisé contre le virus de la Variole.

Le terme Virus sera utilisé à l’époque pour désigner le facteur mystérieux de la vaccine (Virus = Poison en Latin), responsable de la maladie et de l’immunisation pour la variole qui en découle.

Jenner part ensuite s’installer à Londres où il effectue des vaccinations gratuites.Au bout de 100 personnes vaccinées, sa méthode s’est considérablement améliorée.
Il dispose d’un recul suffisant pour publier ses résultats à la royal society sur 23 cas étudiés.

Ce sera le vrai point de départ pour le vaccin. La communauté Médicale approuve Jenner et autorise la vaccination. Celle-ci va gagner toute l’Europe et Jenner devient célèbre.

En 1805, Napoléon, lui-même, fait appel à ses services et lui ordonne de vacciner tous ceux n’ayant jamais été atteints par la variole.

La vaccination a connu des succès mais pas seulement. C’est une technique complexe et peu maitrisée, des problèmes, parfois importants, sont survenus tout au long de l’histoire du vaccin.
Voici une petite chronologie de dates importantes sur l’efficacité du vaccin et sur des tentatives populaires :

1810, Le London Medical observe/signale 935 cas de variole après vaccination, 91 décès et 150 accidents graves.

1869, Création du premier front contre la vaccination à Leicester le « Leicester anti-smallpox League ».

1870, Pendant le siège de Paris, le Docteur M. Colin signale une résistance supérieure des médecins qui ne se sont pas fait revacciner.

1871, En Bavière sur 30472 cas de varioles, 29429 étaient des vaccinés. Le « Select Committee of the Privy Council » d’Angleterre demande une enquête et questionne le « Vaccination Act [1]» car 97,5% des personnes succombants à la variole étaient vaccinées.

1880, En Belgique fut créé « La ligue universelle des anti-vaccinateurs » dirigée par Hubert Boens. Il organise 4 congrès internationaux réunissant médecins et scientifiques opposés au principe. Leur action met un terme, dans la plupart des pays d’Europe, à l’obligation vaccinale.

1884, 1700 enfants vaccinés contre la variole meurent de la Syphilis.

L’innocuité est vantée sans tenir compte des accidents ou incohérences. Le concept de barrière inter-espèce est rendu caduc par le vaccin. Une nouvelle notion est évoquée qui est la notion d’animalisation ou minautorisation de l’homme.

1898, Évolution du « Vaccination Act ». Il permet d’obtenir, pour les parents qui ne croient pas en l’efficacité du vaccin, un certificat d’exemption des vaccinations obligatoires.  Il annule aussi la cumulation des amendes suite à un refus de vaccination.

Pour obtenir le certificat, il fallait en faire la demande dans les quatre mois de la naissance de l’enfant, celui-ci n’étant délivré qu’après avoir satisfait deux magistrats pas toujours coopératifs.

-En 1906, du fait du coté laborieux, seul 40000 exemptions avaient été accordées.

1907, Dernière évolution du « Vaccination Act ». Simplification de la procédure. Après avoir fait signer une déclaration statutaire indiquant sur l’honneur que vacciner son enfant pouvait lui être préjudiciable, les parents obtenaient automatiquement le certificat d’exemption.

1909, Le 26 janvier, le New York Press publiait un rapport de W.B. Clark qui affirmait que « Le cancer était pratiquement inconnu avant la vaccination contre la variole. J’ai observé 200 cas de cancer et je n’en n’ai jamais vu un seul chez une personne non vaccinée. »

1952, Albert Schweitzer présente un avis similaire. Indiquant que les premiers cas de cancers en Afrique sont arrivés 5 ans après les premières campagnes de vaccinations.

Pasteur et le milieu scientifique

Cet encart a pour but d’illustrer l’environnement de recherche scientifique, et son fonctionnement comme moteur premier de financement, dans le cadre d’une expérience publique cherchant à démontrer l’efficacité de la vaccination.

Le milieu de la recherche scientifique est un milieu compétitif et arriver premier est souvent déterminant.

Nous illustrons ce fait avec le cas de l’expérience sur la maladie du charbon ou anthrax[2] de Pasteur, racontée dans le livre « The private Science of Louis Pasteur » de Gerald L. Geison.

Cette expérience, la première du genre à être suivie par les médias, est un succès. Proposée par ses opposants et acceptée par un Pasteur exalté, elle devait mettre à jour les vertus immunisantes d’un vaccin dans un protocole indiscutable. Cette expérience c’est celle de Pouilly le fort, ou l’immunisation d’un troupeau de moutons contre l’Anthrax est en jeu. Pasteur accepte de mettre sa réputation en jeu pour prouver l’efficacité de son vaccin contre l’anthrax. Nous avons deux groupes de 25 moutons, un premier qui subit une période d’immunisation avec trois injections de son vaccin atténué à l’oxygène et un groupe témoin. S’en suit l’injection d’anthrax et l’observation des moutons[5]. Deux semaines après l’injection, tous les moutons étaient vivants et tous, sauf un, en bonne santé. à l’opposé les non vaccinés étaient quasiment tous morts et les rares survivants n’en n’avaient plus pour longtemps. C’est un succès éclatant pour Pasteur, pourtant, la technique d’atténuation de la maladie vantée ne fut pas celle utilisée pour l’expérience. Et bien que cela ne nuise pas à la validité des résultats ni ne fait de Pasteur un tricheur, elle pose néanmoins la question du pourquoi.

Pasteur vante en effet l’atténuation de la bactérie par une exposition à l’oxygène. Son neveu, dont les dires seront confirmés par l’accès aux carnets de notes de Pasteur, indique que c’est une bactérie atténuée par un antiseptique, le bichromate de potassium, qui a servi dans l’expérience de Pouilly le Fort.

C’est par la prise en compte du contexte scientifique que le choix fait par Pasteur va prendre tout son sens.

Dans le cas présent le facteur temps à jouer un rôle déterminant. Toussaint, un vétérinaire a lui aussi obtenu des résultats intéressants sur l’atténuation de la virulence de l’Anthrax, il y a donc compétition et il s’agit pour Pasteur d’arriver le premier à faire une démonstration réussite, mais pas seulement.

Avant l’expérience de Pouilly le Fort l’atténuation à l’oxygène était prometteuse, mais elle n’est pas encore suffisamment au point pour pouvoir être utilisée, contrairement au bichromate de potassium. Quel est donc pour  Pasteur l’intérêt de garder secret l’efficacité du Bichromate? Le milieu scientifique est un milieu où il faut savoir se distinguer et plaire, cela fait même partie intégrante du travail du scientifique. Il faut autant savoir se vendre que savoir vendre ses théories et résultats. Et avec la présence d’ennemis prêts à discréditer et de concurrents qu’il faut évincer ou contenir, savoir produire des coups d’éclat et proposer des théories originales est essentiel. Encore plus lorsque les crédits de recherche sont à trouver chez l’aristocratie. Dans le cas présent la volonté de Pasteur d’imposer l’atténuation à l’oxygène dans l’esprit du publique tient à  son originalité et son avant-gardisme. Ainsi, en la mettant en avant il s’assure une promotion et une visibilité médiatique de premier plan. C’est un coup de maitre, à la Pasteur, qui participe à faire de lui un scientifique[3] de renom. Les retombés ne se firent pas attendre puisque les commandes (et les capacités à les honorer avec un produit fiable) assurèrent à Pasteur des revenus confortables.

Depuis  cette époque rien à changer. Si ce n’est la dégradation des fonds publiques investis dans la recherche. C’est le milieu privé que les chercheurs doivent courtiser, et ce milieu ne finance que les recherches rentables[4]. « La santé des français est une marchandise » indiquait François Mitterrand, 4eme Président sous la cinquième république. Les vaccins sont des produits avec une marge de plus de 90%, il est évident qu’il serait dommage dans ces conditions de ne pas trouver de bonnes raisons de vacciner.

Vaccin 2/5 – Le système immunitaire

[1] Le « Vaccination Act » est une série d’actes législatifs passés par le parlement anglais concernant la politique vaccinale du pays.

[2] Première expérience/démonstration réalisée sous les yeux du publique.

[3] Sans compter la rigueur méthodologique et l’équipement qui ont permis à son laboratoire de produire de façon industrielle le vaccin et d’en avoir le monopole.

[4] Donc pas forcement utile ou novatrice.

[5] L’anthrax ou maladie du charbon est un tueur de moutons qui coute cher aux éleveurs français, entre 20 à 30 millions de francs d’époque annuels.